
Connaissez-vous Norman COHN ?
Son livre Démonolâtrie et sorcellerie au Moyen Age (Payot 1982)
est très important, car une des choses qu'il met en évidence, c'est le caractère de constante psycho-sociale (pour ne pas dire psychanalyso-sociale!) du phénomène de la chasse aux sorcières.
Phénomène pas suffisamment étudier. Or de même que le nazisme nous a appris à nos mettre en garde devant le racisme, sachant à quels phénomènes il peut conduire, la chasse aux sorcières
mériterait la même mise en garde, elle est aussi bien que ce dernier lové au coeur de chaque société, de chaque être humain, et aussi bien que ce dernier elle est susceptible d'exploser au moment
où on s'y attend le moins et d'aboutir aux pires atrocités, comme elle l'a déjà montré.
Quelques citations de l'auteur:
« On peut constater, à partir de la notion de constellation d’archétype que C. G. Jung a mis en évidence,
que ces chasses aux sorcières s'ordonnent autour de fantasmes précis dont on trouve la trace quasiment à l’identique chez tous les peuples et à des moments particuliers de l’Histoire. »
Oui. Que reproche-t-on aux sorcières ?
« d'avoir établi un pacte avec le diable, d'être sous son pouvoir et d'entretenir des relations sexuelles bestiales avec
lui.
Surtout de pratiquer l'inceste, de dévorer des enfants nouveau-nés et de faire de leur chair, de leur sang ou
de leurs os des breuvages dont se repaît leur secte.
A quelques nuances près, il a été reproché les mêmes choses dans l'antiquité aux premiers chrétiens, puis
aux hérétiques pendant les XIe. XIIe. XIIIe et XIVe siècles. »
Tiens, tiens!
« Les holocaustes ont trouvé leur auto-justification dans le délire de religieux (le pouvoir intellectuel officiel de l’époque NDT) obsédés, dans des conflits
politico-économiques que masquait à peine les accusations de commerce avec le diable, ou dans des aveux obtenus sous les tortures les plus
sophistiquées. »
ainsi :
« Conrad de Marburg, grand inquisiteur, fanatique, fit périr et accusa d'hérésie un nombre incalculable de gens, du pauvre au riche.
Même à l'époque de son activité inquisitoriale, on ne rapportait la présence de l'hérésie que dans les zones
qu'il visitait, le reste du pays ne s'y intéressait pas. Et une fois qu'il fut mort, un grand silence se fit : les chroniques n'eurent pratiquement plus rien à raconter »
On aurait envie d’en rire, si ce n’était si tragique pour ses victimes ….
« Les textes, sur lesquels se sont appuyés les chercheurs, sont, soit des faux, ou des amalgames de sources diverses, soit ces mêmes chercheurs se sont
laissés abuser par leur propre conviction, ou ont donné des interprétations comme, celle des pratiques liées au culte de la Nature qui ne peuvent
se justifier.
L’intérêt, ici, est de voir à l’œuvre une projection qui en a aveuglé plus d’un et qui aveugle encore. On pourra aussi constater que ces rumeurs se retrouvent à l’identique dans leur contenu dès qu’il s’agit de caractériser l’Étranger,
l’« Alien », le non-humain. »
« Et chaque nouvelle persécution conféra une crédibilité et une autorité nouvelle aux fantasmes qui l'avaient animée et légitimée, jusqu'à ce que ces fantasmes finissent par être acceptés
comme des vérités d'évidence d'abord par beaucoup de gens instruits, puis, à la longue, par l'ensemble de la société. »
« Ce qui, individuellement, pourrait conduire à une psychose se transforme en une folie collective
où les lois s’inversent et ce sont les plus fous qui tuent »
« Il est dit que les chrétiens (p.21) « ... tuaient et mangeaient des enfants et qu'ils se livraient à la promiscuité sexuelle et à des orgies
incestueuses...
Auparavant, les chrétiens avaient été affreusement torturés, tant en prison que dans l'arène, mais rien ne put leur faire renier la foi qu'ils professaient, ni leur
arracher l'aveu de crimes qu'ils n'avaient pas commis. L'un deux, attaché, brûlé vif sur un siège de fer rouge, criait encore à la foule : Voilà ce qu'on peut appeler manger des hommes, et
c'est vous qui le faites. »
« La projection s'appuie toujours sur une réalité qu'elle transforme, qu’elle amplifie et qu’elle inscrit dans un contexte délirant. Si bien que chacun peut
s’aveugler et dire : « Mais ainsi sont les faits ! Personne ne s’y trompe, n’est-ce pas ? » »
« Comment la projection transformée en rumeur s’empare-t-elle de faits réels pour les agglutiner à d’autres contenus plus chargés émotionnellement ? »
« Une communauté marginale entraîne un phénomène de rejet et si sa puissance vient à menacer, elle est persécutée. »
La constante de ces accusation à l’égard d’êtres qui se tiennent aux limites de la communauté (1) laisse supposer qu’il s’agit d’une résurgence de figures
archaïques.
(1) Dans le cas des sorcières, les vieilles femmes seules. « elle se distingue de la communauté par son veuvage, son âge
avancé, sa laideur « effrayante à voir « par un caractère excentrique, solitaire, acariâtre ». Solitaire donc
dangereuse . »
Pendant longtemps la doctrine de l’Eglise fut de considérer ces « contes de bonnes femmes » sur
la Diable et les Sabbats comme le fait de « tomber dans les erreurs des paiens » et persécutaient (un peu) ceux qui les racontaient, sur cette base. Mais voilà, qu’au cours du XVème siècle, au lieu d’opposer l’incrédulité aux propos des hystériques
« certains lettrés se mirent à reprendre à leur compte les deux fantasmes des « sottes » et des
« ignorantes » pour en faire un fantasme unique, où des masses organisées de sorcières volaient la nuit et se livraient à des orgies cannibales sous la conduite des démons. Et cela
contribua effectivement à déclencher la grande chasse aux sorcières. »
« pourquoi les images chargées d’affects peuvent-elles vivre dans l’ombre, de manière ophidienne durant des siècles et soudain exploser en un gigantesque
événement religieux ? Tant que nous n’aurons pas répondu à ces questions, nous ne pourrons pas nous permettre de donner un avis sur la flambée actuelle de l’Islamisme… ni être totalement
serein face aux événements des Balkans, du Rwanda, etc."
« Et cela finit par devenir un lieu commun, admis par la plus grande partie de la société, qu'il y avait des hérétiques qui, outre qu'ils perpétraient les horreurs qui leur étaient traditionnellement
attribués, volaient la nuit vers leurs assemblées. »
« Depuis, la science a progressé dans la connaissance que nous avons des facteurs en cause mais la rumeur, elle, n’a fait que s’amplifier. Et nous pouvons dire que de nouvelles sorcières
sont probablement en train de naître »
« Les « experts » sauront toujours donner des précisions élaborées pour caractériser l’agent du maleficium »
et se « déclenche soudain la furie des foules »
Un autre livre sur le sujet: cliquer ici
Et ici un site plein de documents historiques terrifiants; très intereant; tout ce qu'on pourrait lui reprocher c'est la pege d'entrée qui
transforme le thème en décors pour boite de nuits, imagine-t-on quelqu'un faire la même chose avec les horreurs de l'Holocauste ? on lui dirait "on ne peut pas décement rigoler avec ça", or ce
sujet -là est tout aussi horrible, pensez un peu à ce qu'on pu vivre toutes ces victimes? et à la perversité morale et sociale de leurs juges et bourreaux.
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