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Texte Libre

 
Principiis obsta et Finem respice

("prenez garde aux débuts" et "considérez la fin", adage latin cité par Milton Mayer)

Samedi 2 août 2008
Dans cette admirable, inégalable, tellement giralducienne, inclassable pièce de théatre de Jean Giraudoux,  : "Intermezzo" (relisez-là si vou ne l'avez pas encore découverte, ce sera une révélation! c'est un bijou, un peu amer, comme la condition humaine, c'est du Giraudoux, mais amusant aussi et si riche, et d'une poésie inusitée, un des pilliers de la culture française, qu'on entendait régulièrement à la radio autrefois, quand il y avait une radio) il y a entre autres ce passage:

L'Inspecteur

Grâce à deux forces invincibles qu'on nomme l'Administration et l'Instruction Obligatoire.

Les fillettes

Obligatoire.

.....

L'Inspecteur


Lotissant les parcs, démolissant les cloîtres, érigeant des édicules d'ardoise et de faïence au pied de chaque cathédrale ou de chaque monument historique, faisant des égouts les vraies artères de la civilisation, combattant l'ombre sous toutes ses formes et surtout sous celle des arbres. Qui ne l'a pas vue abattant les allées de platanes centenaires sur les accotements des routes nationales n'a rien vu!

Les fillettes

N'a rien vu!




Déjà du
temps de Giraudoux la France était un pays d'administrateurs totalitaires et de rationalistes détraqués, dont l'arrogance égale la connerie, et d'ennemis de la vie et des valeurs!
ça n'a fait qu'enpirer à notre époque de libéral-fascisme.






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Mercredi 30 juillet 2008
Je n'ai pas encore mis de mes poèmes (il y en a plusieurs sur Ipernity)


 

La nuit au-dessus de l’Egypte:

elle est si belle !

et toute nue !



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Lundi 28 juillet 2008

J’AI BÂTI L’IDÉALE MAISON



Je l’ai proférée en pierres sèches, ma maison,

Pour que les petits chats y naissent dans ma maison,
Pour que les souris s’y plaisent dans ma maison.
Pour que les pigeons s’y glissent, pour que la mi-heure y mitonne
Quand de gros soleils y clignent dans les réduits.
Pour que les enfants y jouent avec personne,
le vent chaud, les marronniers


André Frénaud

 

 

 

 

 

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Vendredi 25 juillet 2008
Qui ne connait (du moins s'il a étudié l'allemand) ce lied de Schubert.

Mais sait-on qu'on peut le chanter en latin?
comme ça

 Ad puteum in porta
Stat arbor  tilia,
In umbra somniavi
Tot blanda somnia;
Tot voculas incidi
In eius cortice,
Laetum et tristem traxit
Me nunquam non ad se.

Cum illum praeterirem
Sub noctem hodie,
Id oculorum feci
Operta acie;
Et rami obstrepebant,
Quasi iubentes me:
Veni ad me, mi soci,
Frueris requie!

Et quamquam patiebatur
Os venti rabiem,
Non, petaso ablato,
Converti faciem.
Nunc passuum sum multa
Ab loco milia,
Et tamen: Hic quiesces!
Obstrepit tilia.


Ou encore comme ça (les traductions, surtout de poèmes, il y a toujours plusieurs possibilités) :

Ad fontem ante portam,
Hic adstat tilia;
In umbra somniabam
Iucunda somnia;
Incidi cara verba
In eius cortice;
Et laetum et dolentem
Attraxit semper me.

Cum praeter eam ii
Hac nocte media,
In tenebris occlusi
Tum mea lumina.
Stridebant eius rami
Vocantes quasi me:
"Deverte huc sodalis,
Hic manet quies te."


Flaverunt venti acres
In faciem mihi
Et nudaverunt caput
Nec tamen redii.
Ab illa regione
Iam dudum procul sum,
Ad aures semper strepit:
"Hic esset otium."

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Mercredi 23 juillet 2008

Dans la maison endormie en cette aube,
la lumière qui erre à l'étage du haut
ressemble à une étoile oubliée par la nuit.
J'ai descendu l'escalier tout doucement,
je suis allé, par le jardin, vers  la hêtreraie;
dans la faicheur et le calme en cette aube,
tendresse d'une jeune mère, dans les arbres,
et, se retirant par le pont de pierre, le départ.


                                    
Nazim HIKMET
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Dimanche 8 juin 2008
Un extrait de Robert Desnos

Nous étions quatre autour d’une table

Buvant du vin rouge et chantant
Quand nous en avions envie.
 
Une giroflée flétrie dans un jardin à l’abandon
Le souvenir d’une robe au détour d’une allée
Une persienne battant la façade.
 
Le premier dit : « Le monde est vaste et le vin est bon
Vaste est mon cœur et bon mon sang
Pourquoi mes mains et mon cœur sont-ils vides ? »
 
Un soir d’été le chant des rameurs sur une rivière
Le reflet des grands peupliers
Et la sirène d’un remorqueur demandant l’écluse.
 
Le second dit : « J’ai rencontré une fontaine
L’eau était fraîche et parfumée
Je ne sais plus où elle est et tous quatre nous mourrons ».
 
Que les ruisseaux sont beaux dans les villes
Par un matin d’avril
Quand ils charrient des arcs-en-ciel.
 
Le troisième dit : « Nous sommes nés depuis peu
Et déjà nous avons pas mal de souvenirs
Mais je veux les oublier. »
 
Un escalier plein d’ombre
Une porte mal fermée
Une femme surprise nue.
 
Le quatrième dit : « Quels souvenirs ?
Cet instant est un bivouac
Ô mes amis nous allons nous séparer. »
 
La nuit tombe sur un carrefour
La première lumière dans la campagne
L’odeur des herbes qui brûlent.
 
Nous nous quittâmes tous les quatre
Lequel étais-je et qu’ai-je dit ?
C’était un jour du temps passé.
 
La croupe luisante d’un cheval
Le cri d’un oiseau dans la nuit
Le clapotis des fleuves sous les ponts.
 
L’un des quatre est mort
Deux autres ne valent guère mieux
Mais je suis bien vivant et je crois que c’est pour longtemps.
 
Les collines couvertes de thym
La vieille cour moussue
L’ancienne rue qui conduisait aux forêts.
 
Ô vie, ô hommes, amitiés renaissantes
Et tout le sang du monde circulant dans des veines
Dans des veines différentes mais des veines d’hommes, d’hommes sur la terre.
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Vendredi 18 avril 2008

Oh yet we trust that somehow good
Will be the final goal of ill,
To pangs of nature, sins of will,
Defects of doubt, and taints of blood;
That nothing walks with aimless feet;
That not one life shall be destroy’d,
Or cast as rubbish to the void,
When God hath made the pile complete;
That not a worm is cloven in vain;
That not a moth with vain desire
Is shrivell’d in a fruitless fire,
Or but subserves another’s gain.
Behold, we know not anything;
I can but trust that good shall fall
At last – far off – at last, to all,
And every winter change to spring.
So runs my dream: but what am I?
An infant crying in the night:
An infant crying for the light:
And with no language but a cry.


ALFRED, LORD TENNYSON
1850

Les Yeux

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Des yeux sans nombre ont vu l'aurore;
Ils dorment au fond des tombeaux,
Et le soleil se lève encore.

Les nuits, plus douces que les jours,
Ont enchanté des yeux sans nombre;
Les étoiles brillent toujours,
Et les yeux se sont remplis d'ombre.

Oh ! qu'ils aient perdu le regard,
Non, non cela n'est pas possible!
Ils se sont tournés quelque part
Vers ce qu'on nomme l'invisible;

Et comme les astres penchants
Nous quittent, mais au ciel demeurent,
Les prunelles ont leurs couchants,
Mais il n'est pas vrai qu'elles meurent.

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Ouverts à quelque immense aurore,
De l'autre côté des tombeaux,
Les yeux qu'on ferme voient encore.


--Sully Prudhomme (1839-1907)

Deux très beaux, harmonieux et inoubliables poèmes!

y coyaient-ils vraiment? sans doute non, ils sanglotaient seulement dans leurs lits

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Vendredi 29 février 2008
Jean Tardieu, qu'on entendait à la radio du temps qu'il existait un service de recherche artistique radophonique,  est un poète génial, pas bien gai malgrés les apparences, mais génial. J'ai de lui son plus important livre "Monsieur, Monsieur" , dans l'édition originale de 1960, par là, (a-t-il été seulement été réédité? ) l'édition n'était pas encore épuisée!!, et mon exemplaire  était encore de ces geniaux livres dont ill fallait couper les pages, plaisir inégalable  (c'est un bien grand malheur qu'on nous ai fait perdre ce plaisir  )