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Texte Libre

 
Principiis obsta et Finem respice

("prenez garde aux débuts" et "considérez la fin", adage latin cité par Milton Mayer)

Jeudi 7 août 2008
parmi les innombrables  émissions merveilleuses et inoubliables qu'il y avait autrefois à la radio, il y avait sur France IV, devenu, lors du commencement de la fin "Inter-Variétés" au début de chaque fin d'après-midi à cinq heures une émission pour les femmes "Rendez-vous à cinq heures" , et dans le cours de cette émission il y a vait toujours un moment de lecture suivie d'un roman. J'en ai découvert  plusieurs par ce moyen, et il y  en a plusieurs que je n'ai pas oubliés,et que j'entends encore. L'un d'eux fut "Sylva" de Vercors. Roman sur le thème  central chez lui de savoir quelle est la différence entre les hommes et les bêtes,  qu'est-ce qui fait un homme? Dasn ce roman il imagine qu'une renarde est devnue tout à coup, par un phénomène non expliqué, une femme.
Ce livre  a  en fait des défauts exaspérants: il pue le racisme social et les préjugés rancis de cette époque encore  idéologiquement aveuglée au sujet des animaux par l'ideologie Descartes/Malbranche et les rites verbaux (ah ce fameux "instinct"!) de plusieurs siècles de refus de voir crispé.  Mais si j'y suis resté attaché, au point de l'acheter trente ans plus tard exprès ! ( c'etait l'édition originale, il n'a jamais été réédité, avec des pages à couper et il y a que j'ai laissée en l'état) c'est bien sûr à cause du souvenir. Et puis aussi à cause de ce passage, qui m'avais bien sûr marqué à l'apoque, quoiqu' il ne m'apprenait rien (justement parce qu'il ne m'apprenait rien, l'épouvante de la mort fut l'ombre majeure de mon enfance, et je ne comprends toujours pas, c'est une chose qui m'effare totalement, comment se fait-il que les gens puissent vivre "comme s'ils ne savaient pas" (A. Camus) et pourquoi il n'y a pas des milliers d'enfants qui  se suicident à 10-13 ans, c. à d. une fois arrivés à l'êge de raison?) le moment où Sylva, la renarde devenue femme, découvre la mort. 
Voici, donc, justement, extrait de cette édition de 1961, le passage en question. Avec ce fameux et tellement classique, le plus classique, et de loin le plus con ! - mais si souvent efficace, il se base sur la faiblesse infinie de l'intelligence humaine, et l'engourdissement encore plus infini de sa sensibilité - qui cause bien d'autres aberrations et inconsciences de la pensée, pas seulement celle-là! - parmi ceux qu'on nous sert pour "think positive!" sur ce sujet : celui  qui ici appraît sous ces mots : "Mais oui, Bonny aussi, un jour… mais dans longtemps, longtemps, si longtemps que ce n’est pas la peine d’y penser !


« Quand nous la rejoignîmes un peu plus tard, elle avait en effet déterré le chien, mais elle ne l’avait pas touché. Après une journée passé en terre, il était devenu assez atroce : attaqué par les fourmis, les taupes, les nécrophores, il ressemblait déjà, au fond de son trou, à une vielle peau de bique toute mitée, usée, percée, au surplus maculée d’humeurs saignantes. L’odeur commençait à être peu supportable. Sylva regardait la charogne dans une immobilité impressionnante. Je m’approchai d’elle, l’entourai de mon bras, je dis doucement :

-          Tu vois, il est mort.



Sylva ne quittait pas des yeux son malheureux copain. Elle commença de trembler, très légèrement, mais sans arrêt. C’était plutôt un long frémissement interminable. Je la pressais bien fort contre moi. Enfin elle demanda, avec une espèce de difficulté, comme si elle avait eu du mal à faire usage de la parole :

- Plus… jouer… ?

Je dis avec autant de douceur que je pus :

- Non, ma petite Sylva. Pauvre Baron, plus jouer.

Sylva tremblait avec une intensité croissante. Et puis elle arracha son regard de la triste dépouille, et alors elle le posa sur moi. Ce n’était pas un regard questionneur. C’était plutôt une sorte d’examen aigu, étrangement aigu de mon visage. Comme une méditation profonde sur la signification d’une figure humaine. Mo, je la laissais faire, sans rien dire, n’osant ni tout à fait sourire, ni tout à fait montrer un visage trop grave, trop attristé. Je lui rendais son regard avec tendresse mais ce n’était pas mes yeux qu’elle regardait. C’étaient mon nez, mes lèvres, mon menton. Et à la fin elle demanda, mais sa voix était plate (1) et sans intonation :

- Bonny aussi, plus jouer ?

j’éclatai d’un rire discret, plus bas que haut, un rire émis seulement pour rassurer cette crainte singulière.

- Mais si, Bonny jouera encore. Il n’est pas mort, Bonny ! Il se porte tout à fait bien.


Et répéta, d’un ton impérieux :

- Bonny aussi, plus jouer ?



- Mais oui, Bonny aussi, un jour… mais dans longtemps, longtemps, si longtemps que ce n’est pas la peine d'y penser!


Et quand enfin elle retrouva son souffle, je crus que – comme un nouveau-né – elle allait se mettre à hurler. Et en effet elle se mit à hurler, mais elle hurlait des mots, des « Veux pas ! Veux pas ! … » sans fin avec des grimaces si douloureuses que son frais et charmant visage triangulaire devin d’une laideur simiesque (sic), tout plissé et tout cramoisi.



Elle avait murmuré : « Et Sylva ?… «  et je n’avais pas osé répondre. D’ailleurs attendait-elle une réponse ? N’en était-ce pas une que sa question ? Elle dit « Et Sylva ?… » et regarda Nanny. Et en la regardant plutôt que moi, elle sentait bien, elle devinait bien, qu’elle se heurterait à une défense plus faible. Et en effet, sous ce regard, la pauvre Nanny faiblit, elle ne put cacher son émoi ni sa peine.  Elle tendit vers Sylva ses deux bras avec une expression de pitié, d’affection consternées. Mais loin de se précipiter, la jeune fille bondit en arrière. Elle nous dévisagea l’un après l’autre, avec une espèce de haine. Sa bouche s’ouvrit, mais elle ignorait les injures.  Alors elle tourna sur elle-même et s’enfui.

 


VERCORS « Sylva » - 1961 – p.222-2





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Vendredi 1 août 2008

La sonate pour violoncelle et piano de Chostakovitch, voilà quelque chose qui serait bien à la radio une après-midi d'été dans une maison des années 50 ou 60, diffusé par un gros poste à lampe allumé en permanence, en attendant d'écouter "Ondine" ou bien "Analyse spectrale de l'Occident", et se diffusant à travers des pièces éclairées par une demi pénombre, et qu'on entendrait pendant qu'on s'occuperait d'autres choses, ou qu'on resterait subitement captivé et écouterait assis à sa table ou sur une marche d'escalier.



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Samedi 14 juin 2008

        Un rossignol avait bâti son nid dans une haie d’aubépine, près d’une bastide. Un jour, un jeune maraîcher, voulant sans doute contrôler son adresse, lança une pierre à la femelle au moment où elle sortait du nid et lui brisa les deux pattes. Bientôt, pris de remords et déplorant son étourderie, il ramassa la victime et, n’osant pas lui donner le coup de grâce, il alla la replacer sur ses œufs.

Le lendemain, curieux de connaître les conséquences de son acte, il scruta la haie d’aubépines et vit le mâle déposer un vermisseau sur le bord du nid, en face de sa femelle éclopée qui, en proie à ses souffrances, n’avait l’air de prêter aucune attention à cet acte de tendresse. Le rossignol répéta plusieurs fois ce manège ; le ver vivant glissait des bords du nid, mais était instantanément ramassé par le mâle alarmé qui s’acharnait à l’offrir à nouveau à sa compagne. Il allait et venait, descendait, montait, s’arrêtait un instant sur les bords de l’abri et n’avait plus de repos.

La nuit arriva, mais à l’encontre de la précédente, point de chant, point de roulades.

Le lendemain, le couveuse avait succombé. Le mâle, juché tout à côté, se tenait immobile ; il faisait, comme on dit, la « paume », et, certainement, on aurait pu le prendre avec la main.



Elian-J Finbert
« Les Plus belles Histoires d’Oiseaux » (1957) – p . 290
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Samedi 7 juin 2008

"Qui a le goût de l’absolu renonce par là au bonheur"



(remarquez,même en renonçant à l'absolu, c'est s'enfoncer dans le malheur)


 
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Dimanche 1 juin 2008


 

Has anyone drunken with love like us,

seen love like we have seen it ?

We built a thousand castles on our way,

Walked together on a moon-drenched road,

Where joy danced and leapt before us,

we gazed at the stars that fell, and we possessed them.

And we laughed like two children together,

ran and raced with our own shadows.

After this nectar's sweetness we awoke -

how I wished it had never been so !

Night's dreams had vanished, the night was ended

the night that used to be our friend.

The light of morning was an ominous herald ;



Ibrahim Nagui (1898-1953)
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Jeudi 29 mai 2008

L'un des plus beaux, des plus grands poèmes d'amour:

Mon amour, je t'associe à la senteur de l'herbe que l'on a coupée dans le pré
je te marie au chant du rossignol, à la splendeur des boutons d'or et des genêts
Mon amour, le corps universel que nous cherchons à travers nous deux, à tâtons
est présenté dans l'ombre des ombelles, dans le bleu têtu des chardons
Mon amour, tenons bon la route, et la sente, et l'herbier des nuits
Tout nous est donné, sans le doute qui ronge
les cœurs et les dents
Je parle d'astres, de survie. Par toi, je suis de nouveau né
Entends la flamme de l'été qui ronfle sur nos champs de vie
Et crois que l'accord est passé pour les cent mille ans du passé
autant que pour l'éternité

 

  C'est de Luc Bérimont





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Lundi 3 mars 2008

AL KIU ? . . .

                                                    
   

Al kiu direktiĝu, ho ve, la vana plendo

Kontraŭ la temp’ petola,

Ke en la frosta nokto blovadas plora vento

Sur ŝia tomb’ izola ?


Apud oreloj miaj senvorta flustro fluas

Spirblove tra l’silento,

Kiel aŭtona monto en la nebul’ fluktuas

Antaŭ matena vento.


Tial mi spasme tenas la
ŝnuron de l’vivreto

Kiel fiŝist’ sur gardo,

Al la tempflu’ senfina gapas kaj en sekreto

Esperas pri fiŝsalto.


Kaj nun, nun restas simple la ret
ĉifono jena –

Moko pri la esperoj,

Spirpene mi sopiras je l’tempo senrevena

Kaj dronas en larmeroj.


En la malluma nokto jen mi tutsole migras,

En nokto malĝojkova :

Fantome en stellumo nur mia ombro nigras

Apud la tombo nova.


Al kiu . . . Sed mi timas per la vekrio ĝeni

Tiun kvieton pian ;

Kliniĝas kaj etendas manojn por ĉirkaŭpreni,

Ho, freŝan tombon ŝian.


Morna kampar’ ne havas limon, nur en la foro

Vilaĝaj lampoj flagras.

En la arbaro densa jen vagas mi en solo,

Dum strig-disputoj akras.


luma nokt’ profunda la teron ĉirkaŭvolvas

Kaj kovras vin kaj min.

Vi dormas sub la tero kviete, dum mi orfas

Vage en halucin’.


Mi volas, ke a
ŭroro ne venu ĝustahore

El l’griza oriento,

Apud la kara tombo por ĉiam mi restadu sole

Kaj velku en silento.


Tamen la sun’ aperas jam
ĉe l’ĉiela rando,