en 1938 - 80 ans triste anniversaire
La conférence d’Evian avait été convoquée en mars 1938 à l’initiative du président américain Roosevelt, afin d’aider les Juifs à quitter l’Allemagne, qui venait d’annexer l’Autriche.
Au début, le monde juif manifesta un grand enthousiasme pour cette initiative et il baptisa même cette conférence “Conférence de la conscience mondiale”.
Le mouvement sioniste nourrissait l’espoir que la conférence accorderait la Palestine au peuplement juif, et qu’y serait prise une résolution enjoignant à la Grande-Bretagne – puissance mandataire en Palestine – d’y accueillir les réfugiés juifs.
Mais tel ne fut pas le cas.
La conférence d’Evian se consacra à l’élaboration de plans pour le sauvetage des Juifs, et non pas à un quelconque plan de peuplement de la Palestine.
Tous les représentants des différents pays participant à la conférence évoquèrent la possibilité d’accueillir des réfugiés sur leur territoire respectif, et ils se gardèrent bien d’exercer une quelconque pression (forcément vexatoire) sur l’Angleterre.
“C’est alors que l’avis des sionistes sur cette conférence changea du tout au tout, écrit Beit-Tsvi, – la colère prit la place de l’enthousiasme et les espoirs se métamorphosèrent en déception.
L’intervention du dirigeant du mouvement sioniste mondial, Chaïm Weitzman, fut remarquée:
“Si la Conférence ne se met pas d’accord sur la résolution du problème des Juifs une bonne fois pour toutes au moyen de leur transfert en Eretz Israël- inutile de se fatiguer.”
Immédiatement, toute la presse sioniste lança une campagne hystérique, écrivant: “nous sommes rejetés et personne ne nous réconforte: le monde a perdu toute conscience.”
Mais les observateurs non sionistes étaient optimistes: la Conférence avait suscité l’espoir de voir tous les émigrants (juifs) potentiels admis dans les différents pays participants.
Cet espoir était fondé, et c’est précisément la raison pour laquelle les sionistes s’ingénièrent de toutes leurs forces à le torpiller (avec succès).
Beit-Tsvi cite la lettre d’un dirigeant sioniste, George Landauer à un de ses homologues, Stiven Weiz: “Ce que nous (sionistes) redoutons, par-dessus tout, c’est que la Conférence (d’Evian) n’incite les organisations juives à rassembler des fonds afin de financer la réinstallation des réfugiés juifs (dans les pays participants), ce qui obérerait gravement notre propre collecte de fonds destinés à nos propres objectifs”.
Beit Tsvi résume les propos du chef des sionistes Haïm Weissman; “Pour (financer) la venue des réfugiés juifs dans d’autres pays, il faudra beaucoup d’argent, ce qui signifie que les finances sionistes seront ruinées.
Si la Conférence est couronnée de succès (c’est-à-dire, si elle permet aux Juifs persécutés de s’enfuir de l’Allemagne nazie), elle portera un préjudice irrémédiable au sionisme.
Ce qu’à Dieu ne plaise: que les pays participants à la Conférence (d’Evian) proclament leur générosité et qu’ils invitent les Juifs d’Allemagne à venir se réfugier sur leurs territoires respectifs, et c’en serait fini du projet (sioniste) en Palestine: (il y aurait un éparpillement) entre (une multitude) d’autres pays d’accueil, les Juifs ne (nous) donneraient pas d’argent, et les Anglais n’accorderaient pas l’autorisation d’immigrer en Palestine !”