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déjeuner

Tous ceux qui habitent dans le Nord (et en Belgique et en Suisse et dans plein d'autres endroits) savent très bien que le déjeuner, comme son nom l'indique (dé-jeûne-er), et le premier repas de la journée, que l'on prend le matin, et le diner à midi (et le souper au soir). Mais d'où vient cet agaçant usage parisien de tout décaler ?

Voici l'explication :

 

À la fin du XVIIIe siècle, le repas de la mi-journée est peu à peu reporté, à Paris, vers la fin de l’après-midi et au début de la soirée. Antoine Caillot situe ce glissement à époque de l'Assemblée constituante car les députés qui déjeunaient frugalement avant d'aller travailler ne pouvaient dîner qu'à la fin des séances, au plus tôt vers 5 heures de l'après-midi. Il en allait de même pour ceux qui s'occupaient des affaires publiques et des employés des administrations qui devaient attendre pour se mettre à table que la séance fût levée. Mais il n'en était pas ainsi en province où les gens n'avaient aucune raison de modifier leurs usages[14].

CQFD

Le déjeuner se dédouble alors : un premier repas très léger est pris au lever et un plus substantiel en fin de matinée. De là viennent les expressions « premier déjeuner » et « petit déjeuner », « second déjeuner » et « grand déjeuner » que l’on retrouve dans les œuvres des écrivains français.

« Il se créa alors, vers 11 heures, un second déjeuner fait de viandes froides, d'œufs, etc. jusqu'à ce qu'une dame Hardy, qui tenait un café en face du Théâtre des Italiens, eut imaginé pour ce nouveau repas un type de buffet chaud, pourvu de côtelettes, rognons, saucisses. Ainsi naquit le « déjeuner à la fourchette ». Ce nouveau déjeuner a subsisté — et même supplanté l'ancien — en suivant le glissement général des repas dans l'horaire car aujourd'hui on déjeune facilement vers treize heures ou treize heures et demie[15]. »

Ce « déjeuner de midi », « déjeuner-dîner » ou « déjeuner dînatoire », servi plus tard dans la journée[N 2], est un repas plus copieux que celui du lever qu'on a nommé parfois « déjeuner à la tasse », ; il ne devient ensuite « déjeuner » tout court que dans les grandes villes françaises (hormis Nancy et Lyon) par imitation de ce qui s’est passé à Paris. Dans les petites villes et les campagnes, le premier repas du matin reste le déjeuner. Pierre Rézeau[16] écrit notamment à ce sujet :

« (...) l’usage parisien a été « parachuté » avec succès presque partout en s’étendant sur les zones environnantes ; il s’est en outre imposé partout en France dans la langue de l’hôtellerie et de la restauration, ce qui ne manque pas d’exercer une forte pression sur l’emploi archaïque. »
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