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Voici une histoire qui se déroule dans la Pologne d’avant-guerre, il n’y a pas très longtemps, mais les campagnes étaient encore très en retard techniquement : on y faisait la moisson à la faucille. Même une simple faux était déjà un progrès technique, mais voici ce qui est arrivé à un paysan qui a eu l’idée saugrenue d’utiliser cet instrument ultra-moderne et déroutant : une faux. Que pensez-vous qu’il arrivât ?
"Voici les champs, le premier lopin qui appartient à la famille Kozak, un champ étroit, mais long, très long, il va jusqu’à l’ancien tumulus. Mais les Kozak ne moissonnent plus. Ils ne bougent plus, ils se sont redressés et ils me regardent en silence, comme si quelque chose d’effrayant était arrivé. Moi, je plaisante un peu, je leur demande s’ils n’ont jamais vu une faux et je rigole, ah, ah, ah ! Comme si ce que je disais était drôle, mais, merde ! je suis bien le seul à rire. Je leur dis : « Que Dieu vous aide ». Ils me répondent d’une voix très faible qu’on entend à peine : « Que Dieu vous en remercie », juste pour que je passe. Ont-ils peur ? Sont-ils fâchés ? Est-ce à cause de la faux qu’ils sont fâchés ?
Les Dunaj, eux aussi ne me répondent qu’avec peine. Ils n’ont d’yeux que pour la faux. Ils la fixent d’un air bizarre.
La famille Litwin est raide de surprise. « Que Dieu vous aide » dis-je et je demande : « Pourquoi restez-vous figés comme des morts ? » Eux non plus ne répondent rien, pas un mot, ni bon, ni mauvais, même pas « Que Dieu vous remercie ! ».
Gregorz Pioter m’arrête, il me dit tristement :
- à quoi ça te sert, cette faux ? reviens après-demain, avec une faucille …
- Sur ce, son père :
- Après-demain ? Tu vas voir qu’il va travailler demain, dimanche ! S’il n’a pas honte de sa faux, il n’aura pas honte de travailler le dimanche !
- Et Domin :
- C’est vrai, si tu peux venir moissonner avec une faux, alors plus rien n’est sacré pour toi !
- Il va se mettre à manger de la viande le vendredi ! dit Grzegorycha.
- Devant la croix il gardera sa casquette !
- Il va décrocher les images saintes !
- Il va quitter sa femme !
- Il va se mettre avec une concubine !
- Il va renoncer à Dieu !
…….
« Ecoutez-, dis-je, je ne suis pas venu pour vous offenser ! Ne suis-je pas d’ici, votre voisin ? Je venais juste pour moissonner, et avec la faux, ça va trois fois plus vite…
- Plus vite, plus vite il n’arrête pas de répéter ça Et merde, ça ne va pas plus vite ! il ne faut pas le croire, avec la faux, c’est loin d’aller plus vite !
- Comment « loin d’aller plus vite » ? Regarde le champ de Michal, regarde le mien : qui est allé plus vite ?
- C’est sûr que ça ne va pas plus vite, se met aussi à crier Grzegorycha.
- Comment ? , mais les gens ont perdu la tête ! Il n’y a qu'à regarder !
- Mais comment pouvez-vous dire ça ? Il n’y a qu’à regarder, Moi j’ai fini mon champ, et lui il n’en est qu’à la moitié !
- Menteur !
…..
Je passe devant et ils me suivent …. Nous arrivons juste à l’endroit où s’arrêtent les chaumes, juste où commence l’étendue de seigle qui reste à moissonner.
- Alors, qui a fauché le plus ? dis-je.
- C’est Michal qui a fauché le plus vite, crie papa. Avec la faucille, c’est lui qui va le plus vite. Si tu ne me crois pas, demande aux autres !
- C’est vrai, répètent les gens calmement, Michal a fauché plus !
Et de plus en plus fort :
- C’est évident qu’à la faucille on va beaucoup plus vite, la faucille ce n’est pas comme une faux !
- Et toi, Kazmierz, tu mens comme un homme dans sa nuit !
- Menteur !
- Judas !
- Pharisien !
- Ecoutez ! par pitié, de quoi parlez-vous ? j’ai fauché jusqu’au tumulus. Il n’y a qu’à venir voir, celui qui ne croit pas !
- Moi je ne te crois pas !
- Personne ne te croit ici !
- Comment croire un Judas ? »
(Une question, naïve en apparence, se pose alors : qu’ont-ils vu ces paysans qui accusent Kazmierz ? Dans un premier temps la réponse semble aisée. Ils ont vu que Michal avait fauché moins. Mais en même temps, afin de sauvegarder leurs vues sur le monde, il leur fallait voir autre chose. Les réactions des villageois procèdent alors selon le principe reductio ad essentiam. Ensuite, en jetant à la figure de Kazimierz les termes de Judas et de Pharisien, comme s’il était un sacrilège, ils passent aux arguments ad hominem !)
or, ce genre de réaction n’est pas si exotique que ça : c’est presque une constante de la psychologie humaine, en tous cas ça s’est produit et ça se produit souvent, et dans toutes sortes de
milieux, y compris parmi les scientifiques (souvenez-vous par exemple seulement des savants envoyés par le pape qui ont refusé de regarder par la
lunette de Galilée) et y-compris de nos jours, il ne faut pas croire qu’on en est exempt. Ca arrive souvent de façon spontanée, et parfois c’est exploité intentionnellement.
Par exemple je suis persuadé que ceux qui ont créé ("Qui a créé
le mot "conspirationnisme" ? c’est bien dans le style des psychologues du PSYOPS COMMAND que j’ai
vu de près en action en Bosnie-Herzégovine, et au siège de l’OTAN à Bruxelles." A dit le Commandant Bunel) le concept de « théories de la conspiration » connaissaient bien
ces mécanismes psychologiques et avaient l’intention de s’appuyer dessus pour accréditer et donner de la puissance à cet arme à faire taire ceux qu’ils voulaient faire taire.
Et ça s’est manifesté et ça se manifeste encore dans d’autres domaines
Passez en revue notre époque vous en trouverez certainement des exemples