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la mentalité hygiéniste

Hygiénisme législatif et déclin du droit

Frank van Dun, professeur en philosophie du Droit des universités de Gant et de Maestricht publie un remarquable exposé mettant en perspective l’activisme médicalisant actuel à l’encontre du tabagisme : Hygiénisme législatif et déclin du droit.

Il est à craindre que cette logique soit bientôt déclinée pour l’alcool, le surpoids, la vieillesse aussi...

Et Franck van Dun ne mentionne pas la mainmise d'entreprises mondiales sur les paramètres régissant la santé publique où le tabagisme n'est plus toléré. Danger ! Relisons Knock ou le Triomphe de la médecine de Romain Rolland...

Morceaux choisis pour lecteurs pressés (nous vous recommandons la lecture attentive de l’original) :

L'image libérale et émancipatrice de l'hygiénisme contemporain

Le phénomène de l'hygiénisme législatif comprend un certain discours public de la part des autorités politiques et académiques, des médias et des activistes de divers mouvements. Ce discours fournit une sorte de légitimité et de respectabilité aux lois et aux mesures fiscales et administratives que les programmes hygiénistes préconisent.

[…] Le nouvel hygiénisme se présente volontiers comme le protecteur des faibles contre les forces obscures du marché et de l'industrie, mais aussi comme éducateur et guide paternaliste qui protège les gens contre leurs propres faiblesses et ce faisant les rend plus libres, plus capables de vivre en dignité.

[…] Quoi qu'il en soit de leurs intentions émancipatrices, il n'y a pas de doute que l'hygiénisme contemporain porte atteinte à la liberté. Pour se protéger contre les dangers de la vie et les forces soi-disant obscures de l'industrie et du commerce, le citoyen, censé être incapable de juger pour lui-même, doit se placer sous la tutelle de l'État - ou plutôt, sous la tutelle d'une pléiade d'experts et de bureaucrates, qui opèrent avec un pouvoir largement discrétionnaire en mettant en vigueur leurs petites théories préférées.

L'effet cumulatif de toutes ces campagnes a été la mise en place d'un système impressionnant de contrôles, de contraintes et de police qui affecte le mode de vie et les conditions de travail d'un très grand nombre de gens.

Et ce n'est pas fini. Sans doute le succès de ces campagnes stimulera d'autres groupes qui piaffent en coulisses pour imposer leur règle d'or à la population. Même si cela n'est pas le cas, il est à craindre que ces systèmes de contrôle et de contraintes développent leur propre dynamique en multipliant leurs programmes, en élargissant leur domaine d'action et en créant un nombre croissant de groupes de pression, de clients et de fournisseurs, d'experts dans l'administration et dans le monde universitaire. On peut s'attendre à l'apparition de nouvelles disciplines et instituts soi-disant scientifiques dont la raison d'être est principalement de fournir des arguments pour maintenir et élargir les programmes et les budgets de leurs patrons.

C'est une perspective effrayante, même si, comme nous l'assurent les porte-parole de ces mouvements, toutes ces activités n'ont pour but que de protéger et d'aider les individus. La perspective est d'autant plus effrayante qu'il s'agit ici d'institutions dont les pouvoirs resteront en place, n'importe qui déterminera un jour leurs priorités politiques.

La mentalité hygiéniste et le déclin de la conscience politique du droit

C'est cette absence de souci pour l'ordre réel de la société, c'est à dire pour le droit, qui me paraît l'aspect le plus dangereux de la mentalité hygiéniste. Les succès des diverses campagnes législatives et régulatrices, qui sont en effet des tentatives d'imposer un certain style de vie, montrent combien est avancée l'érosion de l'idée de l'État de droit. Cette idée implique que l'État à sa raison d'être dans l'accomplissement de la justice, qui est le respect du droit. L'hygiénisme législatif s'inscrit justement dans ce long déclin de la conscience politique du droit, qui a permis à tant de groupes de mettre les pouvoirs publics au service de leurs intérêts particuliers.

Le déclin de la conscience politique du droit se manifeste dans l'attitude des gens pour qui la fin justifie les moyens, même les moyens politiques comme la contrainte, la police et la fiscalité. Cette attitude s'exprime par la conviction que "ce qui me paraît bon devrait être rendu obligatoire (ou au moins subventionné); ce qui me paraît mal devrait être défendu (ou au moins taxé)".

Le renversement de cette priorité - des choses par rapport aux mots, des faits par rapport aux discours, de la vie vécue par rapport aux modèles et simulations symboliques - est chose courante dans notre culture rhétorique. C'est la culture que représentent les médias et les politiciens, les professeurs, les intellectuels et les experts qui fournissent la plus grande partie de ce que les médias communiquent: les slogans, les bonnes intentions, les statistiques, les définitions de problèmes, les analyses instantanées, les solutions, qui pour la plupart me rappellent le commentaire ironique du journaliste américain H. L. Mencken: "Pour tout problème complexe, il y a une solution qui est simple, directe et fausse."

La culture rhétorique, on la trouve aussi dans les grandes bureaucraties et les grandes entreprises, ce monde de "projets", de "reportages", de "stratégies" et de "modèles d'actions", où l'impression qu'on fait sur l'audience rassemblée autour de la table compte pour plus que les effets réels de ce qu'on propose. C'est le monde ou il est rare que quelqu'un soit confronté de façon directe avec les conséquences des propositions et des décisions auxquelles il a contribué. C'est le monde où les structures complexes des grandes organisations, leurs décisions collectives et leurs consultations d'experts externes, diminuent et masquent toute responsabilité personnelle des individus.

Démocratie et démagogie

Le dépérissement de la démocratie, Aristote l'attribue aux actions des démagogues. Ceux-ci manipulent l'opinion publique, ils sont les vrais maîtres qui agissent en coulisse, tout comme dans une monarchie malade, courtisans et courtisanes règnent à la place du roi. Il me paraît clair que les démagogues n'ont pas une chance dans une société où la conscience politique du droit est vigoureux et anime l'opération des institutions publiques.

Il est difficile de nier le caractère démagogique des campagnes hygiénistes, qui est parfois admis par leurs porte-parole eux-mêmes. Notons simplement que "la science" dont elles se réclament est souvent d'une qualité pitoyable, incontrôlable et en tout cas ouverte à des interprétations divergentes, que les meneurs de ces campagnes restent souvent dans les coulisses de la bureaucratie nationale ou internationale ou dans le labyrinthe des instituts, des lobbies et des réseaux de propagande et de pression qui entourent les processus de la législation et de l'administration dans le monde contemporain.

Qui sont-ils? Qui représentent-ils? Devant qui se justifient-ils? D'où viennent leurs finances? Or ces gens exercent une influence considérable par la manipulation habile des médias et de l'opinion publique, pour ne rien dire des politiciens toujours en quête de thèmes nouveaux et de crises spectaculaires. Trop souvent de cette influence directe ou indirecte résulte un flot de réglementations dépourvues de tout fondement en droit. C'est cet aspect de l'hygiénisme législatif que je veux mettre en évidence.

[…] Il me semble que le nouvel hygiénisme législatif s'insère dans cette perspective technique et statistique de la politique, c'est à dire de la gestion de la société. Il ne tient pas compte des distinctions entre les hommes, mais vise à réaliser des conditions sociales "désirables" en mettant en œuvre des politiques de gestion, qui sont en effets des manipulations de certains groupes d'activités, donc de certains groupes de personnes sélectionnées par âge, sexe, profession, occupation, etc.

Ces conditions sociales "désirables" sont aujourd'hui souvent présentées comme des droits, mais il est clair qu'elles ne sont pas des droits dans les sens du droit naturel: elles ne sont pas des comportements compatibles avec les exigences de l'ordre réel de la vie en société. Au contraire, ces conditions sociales 'désirables' fournissent souvent le prétexte pour limiter ou même pour rendre nuls les droits naturels des personnes. Ainsi, les soi-disant droits qu'elles définissent se révèlent être vraiment tyranniques.

Crédit pour l'information : Doktor Glub


lire aussi : http://www.noslibertes.org/dotclear/index.php?post/2008/03/06/32/La-Republique

 

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