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souvenirs lointains
Dans mon enfance à Bailleul, quand je me faisais déjà du soucis de l’inacceptable condition humaine, je me souviens avoir entendu à la radio, avec quelque plaisir, et espoir (« ce serait une solution ! une possible porte de salut !) - mais, en fait n’y croyant hélas pas vraiment - parler de l’attitude de certains face à la mort de penser qu’en fait la vie est un rêve, et on va se réveiller, peut-être dans un monde, réel lui, où il n’y aurait pas de mort. Je me suis souvent souvenu de cette émission et évoqué cette idée …………
(hélas ! que n’est-elle vraie !)
C’était il y a très longtemps, quand on a enlevé dans la Rue du Musée les dernières pompes de rue : Car il y avait jusqu’alors dans les rues des villes et villages des pompes à eau publiques et gratuites (Mon Dieu ! comme la conception de la civilisation et des choses publiques ont changées depuis ! quel contraste ! non pas un contraste de progrès technique, mais au contraire le contraste entre une civilisation (autrefois) et la barbarie, entre une société, une urbanité, et la force j’m’en-fouttiste et rapace, et totalitaire, des féodalités de maintenant) Elles étaient rouges ; et comme beaucoup n’avaient pas l’eau chez eux (nous si : celle de la citerne à eau de pluie, avec une pompe, on était plus rationnel et écologique que maintenant !) ils sortaient et allaient la prendre à la pompe.
On avait comme voisine de gauche ( de l’intérieur de la maison, regardant vers la rue) quelqu’un qui a disparu dans la nuit éternelle de l’oubli quelqu’un dans le genre des demoiselles de Vildéneux, Mlle Thibault, une vieille riche dévote célibataire, comme il y en avait beaucoup à l’époque, surtout en Flandre, (et plus du tout de nos jours), qui vivait avec sa vieille servante. J’ai une fois vu son salon aux lourd meubles en faux Henri II et au tapis « persan » sous la table. Elle souffrait de maux de tête terribles paraît-il. Elle a légué sa maison au diocèse et est morte à l’hospice, vers 1970. Tous les matins on entendait le bruit que faisaient ses volets roulants qu’ouvrait et fermait à heures fixes sa servante.
C’est à cette époque déjà que j’ai entendu parler de l’Espéranto. (à l'époque ça ne m'interessait pas du tout!) On disait (à la radio, toujours) qu’inévitablement il finirait par ne plus y avoir qu’une langue sur terre, et que la seule chose que les peuples d’Asie pouvaient essayer de faire c’étaient de se créer leur propre langue internationale, pour ne pas avoir la même que les occidentaux. Compréhensiblement ces perspectives me dégouttaient, j’étais farouchement contre toute disparition de la diversité, surtout celle des peuples extra-européens menacés par l’impérialisme niveleur ( j’avais encore partout sur les atlas la carte du monde répartie entre les grands empire coloniaux) de l’Europe, et par l’affreux modernisme-tueur-de-nature-et-de-traditions.
Papa, maman ! tu te souviens de la terre qu’on allait voler * (au Cercle) ? ça c’était vivre !
Il n’y avait pas de trottoir le long du square Saint-Vaast. Les rues étaient pavées, et l’herbe y poussait au printemps. Bref, le monde était plus moderne, plus humain (et plus humaniste) et plus équipé que maintenant.
A l’époque il y avait partout des trains, des cars, des hôtels, un service postal sérieux, des églises, des annuaires du téléphone, la radio, la liberté, le respect des gens, la sécurité de l’emploi, et la convivialité ; Et des chiens qui aboient dans la nuit. Et l’Angélus.
(les affirmations apparemment paradoxales sont voulues !)
Le jeudi sans radio et le classeur
Un jour à Bailleul on a changé le voltage pour passer du 110 volts au 220 volts. On nous annonça que le jour où ils feraient ça on resterait sans électricité. Or, à ma grande catastrophe c’était un jeudi ! j’allais rater toutes les émissions du jeudi de la radio !!! Terrible. J’en ai griffonné des grosses inscriptions de colère sur le derrière du grand classeur à musique de mon père, je me souviens encore de où j’étais quand j’ai appris cette nouvelle catastrophique.
Jeudi étai le jour où j’écoutais la radio en continu toute l’après-midi, car pour le jeudi toute l’après-midi n’étais qu’une longue suite d’émissions pour enfants - introduites par Michel Auriac (et Jean-Pierre Caudou à la technique ? – (il y avait l’inoubliable Marianne Oswald entre autres, etc) ça commençait après les cours de la Bourse, qui concluaient les informations, et c’était parti ! C’était un peu une image du Pays de Cocagne ou du Paradis cette après-midi.
Il y a des souvenirs comme ça dans l’enfance qui restent ancrés toute la vie, bien plus vivaces que toutes les belles choses qu’on voit dans la vie d’adulte qu’on voudrait tellement toujours se rappeler et dont le souvenir disparaît dès le lendemain pour toujours, car, d’abords, on n’a plus jamais le temps de se les rappeler, et ce à quoi on ne repense pas ne se conserve pas et s’oublie. Il n’y a que durant l’enfance qu’on vit, en fait. Exclusivement.
Ainsi je me souviens encore très précisément (malheureusement quelqu’un de malavisé l’a certainement jeté, car j e n’ai plus ce précieux almanach Hachette pour 1897). De l’intérêt fasciné que je portait à regarder la carte des statistiques des gens tués par la foudre en France selon les départements, qui se trouvait dans un article de l’Almanach Hachette pour 1897, une précieuse et passionnante rareté, qui venait des parents de ma mère, et que je regardais souvent et longuement.
C’est en ce moment là, que j’ai vécu ma 1ère fascination pour les statistiques, et peut-être en particulier pour les cartes statistiques, qui m’est toujours resté depuis, et ce malgré le caractère macabre du sujet traité, qui je l’avoue ne me touchait pas, il a fallu que ma mère, à qui je montrais avec avidité l’intérêt des chiffres présentés, une fois me dise que « ce n’était pas gai pour s’amuser avec ça ».