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Témoignage d’une journaliste congolaise dans le vol SN Brussels Airlines du 16 mai 2008...
....Nous, grand pays, scandale minier et géologique mais tellement "light" ! On est léger, nous, "pèpèlè", "pètè-pètè", light tout bonnement. C’est pour ça, par exemple, que la police belge refoule sauvagement les Congolais en situation irrégulière, en complicité avec la compagnie aérienne nationale belge, sans états d’âme. Ils sont menottés et bâillonnés comme des sacs avant et pendant le décollage et tout le monde doit se taire, sinon vous êtes interdits de voyager avec SN Bruxelles pendant six mois si vous n’avez pas trop grande gueule. Si vous parlez trop, que vous avez des téléphones ou des appareils photo numériques qui filment, vous ne monterez plus peut-être plus jamais dans un avion SN... Un Camerounais, dans un centre fermé s’en souviendra toujours !
J’y ai vécu ce genre de scène incroyable ! Alors je me questionne. Pourquoi suis-je dans ce lot des overdoses de lâcheté et d’impuissance ? Pourquoi me faut-il toujours me demander pourquoi cette attitude, pourquoi ce regard ? Pourquoi est-ce que je continue de voyager avec cette compagnie aérienne ? Pourquoi cette conférence de Berlin jadis ? Pourquoi ces silences, jusque quand ? Pourquoi notre grandeur a perdu toute dignité, pourquoi mes compatriotes rêvent-ils tous de partir, ailleurs, pourquoi c’est interdit de rêver ?
Des réponses s’imposent d’elles-mêmes...
J’étais là, je l’ai vu de mes propres yeux !
On m’a raconté une fois l’histoire du Camerounais, mais là j’ai été scotchée de le vivre...
Et au-delà de la rétention, des attitudes d’injustice, j’ai vu la violence, celle d’un policier, vis-à-vis d’un témoin oculaire, une femme... Une Camerounaise. Qui n’a pas voulu la fermer, qui a refusé de se taire et qu’ a brutalisé un colosse de deux mètres. Pourquoi les policiers du monde entier sont-ils tous... pareils ? Est-ce un gène qu’on leur inocule ou bien "ça" fait partie des critères de recrutement ? Je veux dire que signifie ce langage un peu bête et vide et vite fait qui dit "je suis la loi, c’est moi qui décide", face à un évènement pas des moindres.
Un homme, menotté dans le dos, la tête maintenue vers le bas dans un sarcophage et entre ses jambes, s’agite, tenu en laisse par deux policiers. On est en deuxième cabine dans l’avion et les enfants commencent à pleurer et poser des questions. Hermine, Camerounaise d’origine et ce qu’on ignore tous à ce moment-là, travaille à la mairie de Chevilly en France. Elle gueule plus que nous tous, dit que ça ne se fait. "On" attrape son mari pour la calmer, et quand elle veut savoir où "on" l’amène, "on" la descend de l’avion par l’arrière, "on" la plaque au sol et elle a un coude qui l’étrangle à l’étouffer. On est où là ? A Zaventem... Lui, c’est un policier belge en plein dans le service de ses fonctions...
Petit pays, petit esprit disait l’autre !
On n’est pas des innocents non plus, il ne faut pas faire du fixisme, mais les faits qu’on vit dans un avion par exemple, un refoulement, ne doivent pas seulement nous faire parler sur nos droits. Ça nous interroge sur ces overdoses qui nous font rêver l’ailleurs... Nos galères et compagnie.
Mais est-ce une raison pour enchaîner un homme, le foutre dans une espèce de sarcophage et s’attendre à ce qu’il se taise huit heures de vol durant ? Ou est-ce une raison pour faire taire tous les autres passagers témoins de la scène ? Ou est-ce une raison pour s’en prendre à une pauvre femme comme on fait du catch ?
Les voix, qui se sont élevées, ce sont celle d’Hermine qui allait passer une semaine à Yaoundé avec son mari français de son état pour une fête de famille.
C’est ce professeur parti prendre sa fille de 14 ans pour sa toute première fois à Kinshasa.
Ce sont ces deux messieurs choqués de voir leur "sœur" être tripotée, plaquée, touchée par un type sous prétexte qu’il est policier.
Ce sont ces regards silencieux et assassins vis-à-vis des hôtesses qui menacent de débarquer ceux qui n’arrivent pas à s’asseoir parce que sous le choc.
Devions-nous tous nous murer dans une overdose de lâcheté ?
Etait-il permis à ce policier belge de violenter cette femme jusqu’à la plaquer sur sol, le bras sur son cou parce qu’elle "trouble l’ordre public" ?
On est à ce moment-là sur un espace de transit, Zaventem certes, mais quand même un espace de transit vu qu’on a tous passé les formalités de police !
Qui est seul maître à bord dans ce "couloir humanitaire" ? Peut-être le commandant de bord... Pourquoi reste-t-il silencieux celui-là ? Il paraît qu’on ne l’a pas mis au courant. Qui devrait le faire, les hôtesses ou les passagers ?
Peut-être qu’on s’est échauffé pour rien, que tous les policiers du monde ont tous les droits et qu’on n’en a pas du tout ? Pourtant avec Air France, c’est arrivé que le commandant de bord débarque policiers et menotté quand les passagers s’échauffent...
Petit pays petit esprit ?
Le visage du refoulé est plus visible quand on est dans les airs. Ses accompagnateurs ne connaissent pas sa nationalité, mais ils se disent "qu’il doit être Zaïrois"... En tout cas, cet avion-ci, de la compagnie Bruxelles nationale pour ne pas la citer, va à Kinshasa via Yaoundé. Et hormis la blancheur qui nous accompagne, tous les autres passagers sont Congolais et Camerounais. Donc, le refoulé, "s’il n’est pas l’un, il doit être l’autre", alors retour à l’envoyeur ! ....Vas-y, chante...
Bibish Marie-Louise Mumbu, publié le 30/05/2008
Transmis par le Collectif contre les violences et discriminations dans les Avions CVDA-Bel
http://www.africultures.com/ index.asp ? menu=affiche_ article&no=7632