La belle morte
Ton rire entourait le col des collines
On le cherchait dans la vallée.
Maintenant quand je dis : donne-moi la
main,
Je sais que je me trompe et que tu n'es plus rien.
Avec ce souffledou de ceur
Que je garde encor de la morte,
Puis-je refaire les cheveux,
Le front que ma mémoire emporte ?
Avec mes jours et mes années
Ce cœur vivant qui fut le sien,
Avec le toucher de mes mains
Circonvenir la destinée ?
Comment t'aider, morte évasive,
Dans une tâche sans espoir,
T'offrir à ton ancien regard
Et reconstruire ton sourire
Et rapprocher un peu de toi
Cette houle sur les platanes
Que ton beau néant me réclame
Du fond de sa plainte sans voix.
Et moi qui vis encore
Seul autour de mes os
Je cherche un point sonore
Dans ton silence clos.
Jules
SUPERVIELLE
« le seul vrai confort c’est celui des relations humaines. »