Nuit à Bikaner House (début mars 1996)
Nuit sur Bikaner House (Mont-Abou, Rajasthan, 24 degrés de latitude nord). Il est9 h 30, il fait nuit, en ce moment,vendredi
soir, les employés de l'****** ****** à Arras, France, s’en vont, les restants rangent leurs bureaux, mais il fait encore plein jour sur les jardins gelés où poussent les perce-neige, et le
soleil brille sur les rues de ce vendredi et sur mon trottoir.
On se sent devenir Terrien quand on voyage ainsi, et qu’on a voyagé en avion, citoyen de cette Terre, cette mince pellicule de vie qui
s’étale face à la voûte céleste sur cette planète (« La patrie du sage c’est le monde »,comme dit Démocrite), cette Terre où des gens ont rêvé de faire échapper l’esprit à la matière à force
d’ascétisme, où de pauvres chinois ayant perdu tous leurs êtres chers ont fait dresser des stèles dans l’espoir d’apporter la paix sur les vivants et sur les morts, où des enfants pleurent à
chaudes larmes leur mère morte, où des êtres font des bêtises et se déchirent les uns les autres.
Les Pléiades, des grecs ont rêvé d’elles il y a 2 500 ans ;
que sont devenues leurs consciences depuis que leurs corps ont disparus ? Ces gens étaient, au présent, ils étaient aussi vivants que ces touristes indiens de 1996, c’est à cause d’eux qu’on dit « Les Pléiades » . . . , mais leur vie, leur présent ?