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Par R. Platteau
16 février, aujourd’hui c’est la Sainte julienne.
Julienne ! je me souviens, c’était une vieille, très vieille, toute décrépite et bouffie (à peu près autant que « ma tante Céline » http://www.ipernity.com/blog/r.platteau/109020 elle devait être de la même génération puisque c’était avant 1960), veuve qui vivait à 3 maisons de chez nous, on avait obtenu de louer son jardin pour le cultiver, et papa y produisait ainsi des légumes (et à moi, tout petit que j’étais, on m’en avait attribué un tout petit bout pour être MON jardin à moi !) chez elle on voyait une très vielle photographie sépia défraichie, de son mari, d’un temps lointain, du temps qu’elle était jeune et avait l'avenir devant elle - ça devait être avant 14 ! ou au mieux 1920 – elle ne bougeait plus de son rez-de-chaussée et faisait la sieste tous les après-midi sur son grabat (il n’y a pas d’autre terme !) tout sale où elle se couchait en mettant une peau de chat (si ! pauvres bêtes, ça avait la réputation d’être « électrique » et de fournir de la chaleur !) pour se tenir chaud.
A la fin elle (Julienne) est morte « comme ça » assise à sa table pour manger, en revenant Mathilde l’a vue immobile et s’est rendu compte qu’elle était morte.
A partir de là on n’est plus allé dans son jardin, qui était devenu un peu le notre, la maison était vendu en viager au médecin d’en face, qui y a pris sa retraite.
Ah ! bien sûr , elle avait aussi un chat (vivant !) en plus, je ne me souviens plus bien de lui.
Oui, comme on était en 1960 à cette époque on ne laissait pas les vieux tout seuls ( … ) et il y avait donc une autre vieille, mais moins vieille, vieille fille et dévote, comme il y en avait des masses en Flandre à l’époque, Mathilde, qui était venu vivre avec elle, pour s’occuper d’elle durant ses dernières années, et qu’après on a envoyée à l’hospice, et qui est morte durant une opération qu’on lui a faite, et le curé (c’était déjà un curé à la mode de maintenant ! sans foi en ce qu’il était sensé enseigner) a dit « c’est bien, comme ça elle ne s’est même pas rendue compte qu’elle est morte, et elle ne le saura jamais », que même ma mère, qui était pourtant athée et farouchement anticléricale, a été scandalisée de tels propos dans la bouche d’un curé.
De même on avait des relations et rendait à l’occasion des services à une vieille dame, Mme Tauphar, qui pourtant habitait encore plus loin. Elle était prof de violon en retraite, veuve elle aussi, et membre de la SPA. Un jour maman lui a même dit tout de go qu’elle devrait nous léguer son violon ! Un soir j’étais allé porter je ne sais quoi chez elle, elle s’est mise à dire que c’était l’anniversaire de la mort de son mari, et puis elle a ajouté que c’était triste d’être seule. Visiblement elle était en demande de confidences et de chaleur humaine; mais moi que le seul mot de « mort » faisait fuir, je ne lui ai pas répondu et suis reparti. Je m’en veux maintenant.
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