deux petits cochons de satin blanc
"Je me dis souvent que si nous n'avions pas accepté, depuis des
générations, de voir étouffer les animaux dans les wagons à bestiaux, ou s'y briser les pattes comme il arrive à tant de vaches ou de chevaux, envoyés à l'abattoir dans des conditions absolument
inhumaines, personne, pas même les soldats chargés de les convoyer, n'aurait supporté les wagons plombés des années 1940-1945. Si nous étions capables d'entendre le hurlement des bêtes prises à
la trappe (toujours pour leurs fourrures) et se rongeant les pattes pour essayer d'échapper, nous ferions sans doute plus attention à l'immense et dérisoire détresse des prisonniers de droit
commun."
(Marguerite Yourcenar)
« Auschwitz commence dès que l’on regarde un abattoir et que l’on se dit : - ce ne sont que des animaux. » disait Adorno
et maintenant lisez un extrait de ce livre:
http://www.cahiers-antispecistes.org/article.php3?id_article=213
Et cet article du même auteur:
Les animaux, l'esclavage et l'Holocauste
Par Charles Patterson, Ph.D.
D'où vient cette propension à la guerre, au racisme, au terrorisme, à la violence et à la cruauté qui ne cessent de sévir au cœur de la civilisation humaine ? Pourquoi les humains continuent-ils
à s'exploiter et à se tuer les uns les autres ? Si nous voulons vraiment répondre à ces questions, nous ferions bien de considérer l'exploitation et le massacre des animaux dans nos sociétés
ainsi que leurs conséquences sur la civilisation. Se pourrait-il que nous nous opprimions et tuions si facilement les uns les autres parce que le fait de maltraiter et tuer les animaux nous a ôté
toute sensibilité à l'égard de la souffrance et de la vie d'autrui ?
La domestication des animaux - par l'exploitation des chèvres, moutons, vaches et autres animaux pour leur chair, leur lait, leur peau et leur force de travail, qui débuta il y a quelque 11.000
ans au Proche-Orient - changea le cours de l'histoire humaine. Autrefois, dans les sociétés primitives de chasseurs-cueilleurs existait une forme d'entente entre humains et animaux, reflétée par
les totems et mythes qui décrivaient des animaux ou des créatures mi-bêtes, mi-humaines comme étant les créateurs et ancêtres de l'espèce humaine. Mais l'humanité franchit le Rubicon lorsque les
bergers et fermiers proche-orientaux décidèrent de castrer, entraver et marquer les animaux qu'ils avaient faits prisonniers, dans le but d'exercer un contrôle sur leurs déplacements, leur
alimentation et leur reproduction. Afin de rester indifférents à la souffrance qu'ils infligeaient aux animaux, les humains firent en sorte d'y devenir insensibles, de la nier ; ils tentèrent de rationaliser leurs actions et finirent par être de plus en plus durs et impitoyables.
En 1917, Sigmund Freud mit ce sujet en lumière en écrivant : “ Au cours de son cheminement culturel, l'homme a acquis une position dominante sur ses semblables au sein du règne animal. Non
content de cette suprématie, il a voulu créer un gouffre entre sa nature et celle des autres animaux. Il leur a nié toute possession de raison et s'est attribué une âme immortelle ; enfin il
s'est réclamé de filiation divine, ce qui lui a permis de supprimer tout lien entre lui-même et le règne animal. ”
La domination, le contrôle et la manipulation qui caractérisent la manière dont les humains traitent les animaux qu'ils ont à leur merci donnèrent le la
pour les rapports intra-humains. L'esclavage-domestication des animaux traça la route menant à l'esclavage humain. Pour reprendre les propos de Karl Jacoby, l'esclavage est “ l'extension
de la domestication aux humains ”.
Pour les premières civilisations qui naquirent au cœur des vallées de l'ancienne Égypte, de la Mésopotamie, de l'Inde et de la Chine, l'exploitation des animaux pour leur chair, leur lait, leur
peau et leur force de travail était très fortement ancrée dans les mœurs ; aussi, ces civilisations considéraient que les animaux avaient été mis à leur disposition par les voies divines. Les
humains pouvaient ainsi les utiliser, les maltraiter et les tuer en toute impunité. Cet état de fait contribua également à pouvoir rejeter certains humains - prisonniers, ennemis, étrangers,
personnes différentes ou antipathiques - de l'autre côté de la frontière pour les traiter de “ bêtes ”, “ porcs ”, “ chiens ”, “ singes ”, “ rats ” ou “
vermine ”. Désigner des populations par des noms d'animaux n'a jamais été de bon augure car elles se retrouvent alors susceptibles d'être humiliées, exploitées et massacrées. Comme l'écrit
Leo Kuper dans Genocide : Its Political Use un the Twentieth Century , “ le monde animal a toujours été une source abondante de métaphores de la déshumanisation ”.
Des abattoirs aux camps de la mort
Le lien entre exploitation animale et Holocauste est moins flagrant qu'entre exploitation animale et esclavage mais il existe néanmoins. Prenons l'exemple d'Henry Ford, dont l'influence sur
l'histoire du XXe siècle commença, métaphoriquement, dans un abattoir américain pour arriver à Auschwitz.
Dans son autobiographie, Ma Vie et mon oeuvre (1922), Ford raconte que c'est en visitant un abattoir de Chicago qu'il trouva l'inspiration pour mettre en place les chaînes de montage. “ Je pense
qu'il s'agissait là de la première chaîne en mouvement jamais installée. L'idée des chaînes de montage m'est venue du chariot qui circule au-dessus des ouvriers d'abattoir de Chicago lorsqu'ils
démembrent un bœuf. ” Une publication de la Swift and Company de cette époque décrivait le principe de répartition des tâches qui impressionna tant Ford : “ Les animaux abattus, suspendus tête en
bas à une chaîne en mouvement, ou convoyeur, passent d'ouvrier en ouvrier, chacun effectuant une étape particulière du traitement des carcasses. ” Il n'y avait qu'un pas à franchir pour passer de
l'abattage industriel des animaux au massacre d'humains par répartition des tâches. Dans The Lives of Animals , roman de J.M. Coetzee, le personnage principal, Elizabeth Costello dit au public
venu l'entendre : “ Chicago nous a montré le chemin : ce sont ses parcs à bestiaux qui ont appris aux Nazis comment traiter les corps. ”
Nombreux sont ceux qui ne savent pas à quel point les abattoirs ont joué un rôle important dans l'industrie américaine. “ Les historiens ont injustement dépouillé les ouvriers d'abattoir du titre
de pionniers de la production en série, écrit James Barrett au sujet des ouvriers de Chicago du début du XXe siècle. Car ce n'est pas Henry Ford mais Gustavus Swift et Philip Armour qui ont
développé le principe des chaînes de montage qui symbolisent, aujourd'hui encore, l'organisation rationnelle du travail. ”
Henry Ford, celui-là même qui était impressionné par l'efficacité des ouvriers de Chicago lorsqu'ils tuaient et démembraient les animaux, contribua également au massacre d'humains en Europe. Non
seulement il développa la méthode des chaînes de montage que les Allemands utilisèrent pour tuer les Juifs mais il lança aussi une campagne antisémite, une pièce de plus dans les rouages qui
conduisirent à l'Holocauste.
En effet, au début des années 1920, Ford fit publier dans le Dearborn Independent, l’hebdomadaire qu’il venait d’acheter, une série d'articles basés sur les Protocoles des Sages de Sion, un tract
antisémite qui circulait en Europe. Il publia également une compilation d'articles aussi épaisse qu'un livre et l'intitula The International Jew ; elle fut traduite dans la plupart des langues
européennes et largement diffusée par les antisémites, principalement par Theodor Fritsch, un éditeur allemand qui a très rapidement soutenu Hitler. Grâce au prestige de la maison Ford et à une
campagne publicitaire bien étudiée, The International Jew connut un franc succès aux États-Unis et ailleurs.
C'est en Allemagne que cet ouvrage, connu là-bas sous le titre Le Juif éternel, trouva le lectorat le plus réceptif. Ford y était déjà extrêmement populaire. Son autobiographie y avait figuré
parmi les meilleures ventes. Ainsi, au début des années 1920, Le Juif éternel devint rapidement la bible de l'antisémitisme allemand, dont Fritsch publia six éditions entre 1920 et 1922.
Après que le livre de Ford a attiré l'attention d'Hitler à Munich, ce dernier en utilisa une version abrégée pour sa propagande nazie. En 1923, un correspondant du Chicago Tribune en Allemagne
rapporta que le mouvement d'Hitler “ diffusait le livre de Mr. Ford par milliers ”. Baldur von Schirach, dirigeant des Jeunesses hitlériennes, fils d'un aristocrate allemand et d'une Américaine,
déclara au procès de Nuremberg qu'il était devenu un antisémite convaincu après avoir lu Le Juif éternel à l'âge de dix-sept ans. “ Vous ne pouvez imaginer à quel point ce livre a pu influencer
les jeunes Allemands. Nous enviions les gens comme Henry Ford, symbole de réussite et de prospérité ; et si cet homme disait que les Juifs étaient condamnables, eh bien naturellement, nous ne
pouvions que le croire. ”
Hitler considérait Ford comme un compagnon d'armes et conservait dans son bureau de Munich un portrait grandeur nature de l'Américain. En 1923, lorsque Hitler apprit que Ford participerait
peut-être à la campagne présidentielle des États-Unis, il confia à un reporteur américain : “ J'aimerais pouvoir envoyer quelques-unes de mes troupes de choc à Chicago et dans d'autres grandes
villes américaines pour faciliter son élection. Nous considérons Heinrich Ford comme l'homme de tête du mouvement fasciste américain, qui ne cesse de grandir. Nous venons de faire traduire et
publier ses articles anti-juifs. Des millions d'exemplaires circulent actuellement dans l'Allemagne entière. ” Dans Mein Kampf, Hitler fait l'éloge de Ford, le seul Américain à se distinguer. En
1931, quand un journaliste de Detroit demanda à Hitler ce que le portrait de Ford, accroché au mur de son bureau, signifiait à ses yeux, Hitler répondit : “ Henry Ford est ma source d'inspiration
”.
Bien qu'en 1927 Ford mît fin à la publication de The Dearborn Independent et acceptât de retirer des ventes The International Jew, un grand nombre d'exemplaires de ce dernier continuèrent à
circuler en Europe et en Amérique latine. Dans l'Allemagne nazie, l'influence de The International Jew se faisait toujours parfaitement sentir ; des antisémites allemands en firent la promotion
et le distribuèrent tout au long des années 1930, avec les noms de Henry Ford et Hitler souvent côte à côte sur la couverture. A la fin de 1933, Fritsch en avait publié vingt-neuf éditions, dont
la préface vantait toujours le grand service que Ford avait rendu à l'Amérique et au monde entier pour son attaque contre les Juifs.
En 1938, à l'occasion de son soixante-quinzième anniversaire, Henry Ford, qui admirait l'efficacité avec laquelle on abattait les animaux en Amérique, accepta la Grande Croix du mérite de l'Aigle
Allemand, la plus grande marque d'honneur que l'Allemagne nazie pouvait attribuer à un étranger (Mussolini fut l'un des trois autres étrangers à recevoir cet honneur).
De l'élevage au génocide
Les Etats-Unis appportèrent une autre pierre à l'édifice nazi : l'eugénisme, lui aussi en rapport étroit avec l'exploitation animale. L'élevage d'animaux domestiques (favorisant la reproduction
des spécimens intéressants et la castration et le meurtre des autres) devint le modèle de l'eugénique américaine puis allemande dans un effort pour améliorer le peuple. L'Amérique ouvrit la voie
en matière de stérilisation forcée, l'Allemagne lui emboîta vite le pas et poursuivit avec l'euthanasie et le génocide.
Le désir d'améliorer les qualités héréditaires de la population humaine commença dans les années 1860, lorsque Francis Galton, un scientifique anglais et cousin de Charles Darwin, se détourna de
la météorologie pour s'intéresser à l'hérédité (c'est lui qui inventa le terme " eugénique " en anglais en 1881). A la fin du XIXe siècle, les théories génétiques qui prédominaient dans les
milieux scientifiques se basaient sur l'hypothèse que l'hérédité était principalement génétique et donc peu sensible à l'environnement social.
C'est en 1903 que le mouvement eugénique vit le jour aux États-Unis avec la création de l'Association des Éleveurs Américains (ABA). En 1905, au cours du deuxième rassemblement de l'ABA, une
série de rapports louant les succès obtenus en matière de reproduction sélective de plantes et d'animaux incita plusieurs représentants à suggérer ouvertement d'appliquer ces techniques aux
humains. En 1906, la création d'un comité sur l'hérédité humaine, ou eugénique, au cours du troisième rassemblement de l'ABA lança le mouvement eugénique aux États-Unis.
Ce comité avait pour dirigeant Charles Davenport, chercheur spécialisé dans la volaille, qui fut également directeur de l'Eugenics Record Office (ERO), à Cold Spring Harbor, sur Long Island, à
New York. Davenport, qui définissait l'eugénique comme “ la science de l'amélioration de la race humaine grâce à une meilleure reproduction ”, attendait avec impatience le jour où une femme
n'accepterait plus un homme “ avant d'avoir pris connaissance de son identité biologique et généalogique tout comme un éleveur n'accepterait de prendre un géniteur sans pedigree ”. Il croyait
fermement que “ la plus grande révolution de toute l'Histoire pourrait avoir lieu si les accouplements entre humains pouvaient être élevés au même rang que la reproduction des chevaux ”.
Aux États-Unis, les stérilisations débutèrent en 1887, avec la publication par le directeur du sanatorium de Cincinnati de la première recommandation officielle de stérilisation des criminels,
dans le but de les punir et de prévenir d'autres délits. Pour stériliser les criminels hommes, les autorités utilisèrent les mêmes méthodes que les éleveurs lorsqu'il s'agissait de castrer un
mâle qui n'avait pas été sélectionné pour la reproduction. La castration resta à l'ordre du jour pour les malfaiteurs jusqu'à ce que la vasectomie fut adoptée en 1899 pour des raisons
pratiques.
C'est l'Indiana qui fut le premier État à passer une loi sur la stérilisation, en 1907. Et en 1930, plus de la moitié des États américains avait passé des lois autorisant la stérilisation des
criminels et des personnes malades mentales ; la Californie était en tête avec plus de soixante pour cent des stérilisations forcées de toute l'Amérique. Dans les années 1930, cette pratique
avait l'appui d'un large public aux États-Unis, dont des présidents d'université, des ecclésiastiques, des psychiatres et des directeurs d'écoles. Ce pays devint rapidement un modèle pour les
autres pays qui désiraient stériliser leurs “ déficients ”. Le Danemark fut le premier pays européen à passer une telle loi en 1929, rapidement suivi par d'autres nations européennes.
En Allemagne, où les nazis passèrent une loi sur la stérilisation six mois après leur arrivée au pouvoir, l'eugénique s'enracina profondément dans les milieux médical et scientifique d'après la
Grande Guerre. En 1920, deux universitaires respectés - Karl Binding, un homme de loi aux ouvrages largement publiés, et Alfred Hoche, un professeur en psychiatrie spécialisé en neuropathologie -
publièrent Die Freigabe der Vernichtung lebensunwerten Lebens (Libéralisation de la suppression des vies qui ne sont pas dignes de vivre). Ils y démontraient que la loi allemande devrait
permettre l'euthanasie des patients internés qui étaient “ lebensunwert ”, indignes de vivre, et dont la vie “ sans but ” pesait sur leur famille et la société. A partir des années 1920, la
fondation Rockefeller ainsi que d'autres fondations américaines financèrent en partie la recherche eugénique en Allemagne. Lorsque les nazis arrivèrent au pouvoir, plus de vingt instituts d' “
hygiène raciale ” avaient déjà vu le jour dans les universités allemandes.
La loi passée par le gouvernement nazi le 14 juillet 1933, destinée à empêcher les personnes atteintes de maladies héréditaires d'avoir une descendance, exigeait la stérilisation des patients
atteints de troubles physiques et mentaux accueillis dans les hôpitaux publics et les maisons de santé. A cette date, les États-Unis avaient déjà stérilisé plus de quinze mille personnes, dont la
plupart était en prison ou dans des asiles pour malades mentaux. Les lois pro-stérilisation américaines firent si bonne impression sur Hitler et ses adeptes que c'est sur elles que l'Allemagne
nazie prit exemple. Hitler suivait avec intérêt les progrès de l'eugénique aux États-Unis. “ J'ai longuement étudié les lois de plusieurs États américains en matière de prévention de la
reproduction des personnes dont la progéniture aurait toutes les chances d'être sans valeur, voire préjudiciable au patrimoine racial. ” C'est ainsi que les efforts de stérilisation de
l'Allemagne nazie dépassèrent bientôt ceux des États-Unis. On estime le nombre de stérilisations effectuées par les nazis à 3 ou 400 000.
Les Allemands étaient également fort impressionnés par les lois d'immigration américaines, qui interdisaient leur territoire aux personnes atteintes de maladies héréditaires et limitaient
l'entrée de celles qui venaient de pays du sud. En 1934, l'anthropologue Hans Gunther, spécialisé dans l'étude des races, assura à son auditoire de
l'université de Munich, que l'Allemagne nazie devrait s'inspirer des lois anti-immigration américaines. Les scientifiques qui étudiaient les races admiraient également les lois
ségrégationnistes et celles contre le métissage. En réalité, les théoriciens nazis se plaignaient de ce que l'Allemagne fût à la traîne en matière de politique raciale et faisaient remarquer que
dans certains États du sud des USA, un individu possédant ne serait-ce que 1/32 d'ancêtre noir était considéré comme noir par la loi, alors qu'en Allemagne un individu possédant 1/8 ou 1/4
d'ancêtre juif était considéré comme aryen.
Les Américains étaient les plus grands sympathisants de la politique raciale nazie. En 1934, Eugenic News proclamait que “ l'Allemagne [était] le pays qui appliquait le plus la science eugénique
” et célébrait la loi de stérilisation nazie qu'elle qualifiait d'avancée historique. Des dizaines d'anthropologues, psychologues, psychiatres et généticiens américains effectuaient des
séminaires en Allemagne, où ils rencontraient des dirigeants nazis ainsi que des scientifiques et visitaient des instituts universitaires d'hygiène raciale, les départements de santé publique et
les tribunaux de santé héréditaire. Les Américains écrivaient des rapports qui exaltaient le programme de stérilisation allemand.
Tout comme l'Américain Charles Davenport, Heinrich Himmler, à la tête des SS et principal architecte de la Solution Finale, entama son apprentissage de l'eugénique par le biais de l'élevage. Ses
études agricoles et son expérience dans la reproduction des poulets l'avaient persuadé que, puisque toutes les caractéristiques comportementales étaient héréditaires, le meilleur moyen de modeler
l'avenir d'une population - qu'elle soit humaine ou non - était de mettre en place des projets de reproduction qui favorisaient les individus qu'il était désirable de perpétuer et éliminaient les
indésirables. Himmler se retrouva bientôt en position d'appliquer les principes eugéniques aux humains comme aucun Américain n'avait jamais pu le faire.
Rudolf Hoss, le commandant d'Auschwitz, possédant lui aussi des antécédents dans l'agriculture et fervent admirateur de l'eugénique, écrivit après la guerre dans son autobiographie qu'Auschwitz
était destiné, à l'origine, à devenir une importante base de recherche en agriculture. “ Toutes sortes d'élevage devaient y être étudiées. ” Quoi qu'il en soit, durant l'été 1941, Himmler le fit
venir à Berlin pour l'informer de l'ordre décisif d'exterminer les Juifs d'Europe ; cet ordre transforma Auschwitz en “ l'abattoir humain le plus grand de l'Histoire ”. L'été 1942, Auschwitz
était devenu un centre d'eugénique à part entière pour l'amélioration des populations animale et humaine, pourvu de centres d'élevage et du camp d'extermination de Birkenau pour la réduction des
populations juive, bohémienne et autres populations “ sous-humaines ”.
En 1939, la campagne eugénique allemande entra dans une nouvelle phase, fatale, lorsque Hitler donna l'ordre secret de tuer absolument tous les Allemands attardés mentaux, infirmes ou présentant
des troubles affectifs et qui menaçaient par-là même le mythe de la suprématie aryenne.
Une fois les enfants “ déficients ” identifiés et internés, les docteurs et les infirmières les laissaient mourir de faim, ou leur donnaient des doses mortelles de luminal (un sédatif), de
véronal (somnifère), de morphine ou de scopolamine. Ce programme “ d'euthanasie ”, dit Opération T4, transportait les adultes vers des centres spéciaux équipés de chambres à gaz. T4 tua entre 70
et 90.000 Allemands avant d'être interrompue officiellement en août 1941. En 1942, peu de temps après que des psychiatres allemands eurent envoyé leurs derniers patients dans les chambres à gaz,
le journal de l'Association américaine de Psychiatrie publia un article qui appelait à tuer les enfants attardés mentaux (“ les erreurs de la nature ”).
Le personnel qui travaillait au centre d'eugénique américain et allemand sur l'élevage et la réduction des populations d'animaux procura la main d’œuvre idéale pour l'opération T4, notamment
celle qui fut envoyée en Pologne pour travailler dans les camps de la mort. Victor Brack, le directeur en chef de l'Opération T4, avait obtenu un diplôme en agriculture à l'Université Technique
de Munich. Hans Hefelmann, coordinateur des meurtres d'enfants handicapés, possédait un doctorat en sciences de l'agriculture. Bruno Bruckner passa plus de deux ans en Autriche au centre
d'euthanasie de Hartheim, après avoir travaillé comme gardien dans un abattoir de Linz. Willi Mentz, un garde des plus sadiques de Treblinka, avait été responsable de vaches et de cochons dans
deux centres T4, Grafeneck et Hadamar. Le dernier commandant de Treblinka, Kurt Franz, avait été apprenti boucher avant de rejoindre les SS. Karl Frenzel, qui travaillait comme chauffeur à
Hadamar avant d'être muté pour le camp de la mort de Sobibor, avait également été boucher. Pour le personnel allemand envoyé en Pologne afin d'exterminer les Juifs, l'expérience acquise en
exploitant et en tuant les animaux se révéla être un excellent entraînement.
L'exploitation et le meurtre d'animaux constituent un précédent au massacre d'humains et augmentent ses probabilités d'avoir lieu, car l'exploitation et le meurtre d'animaux nous conditionnent,
nous entraînent à refouler notre empathie, notre compassion et notre respect envers ceux qui sont différents. Isaac Bashevis Singer a écrit : “ Il n'y a qu'un tout petit pas entre le fait de tuer
les animaux et celui de créer des chambres à gaz à la Hitler. ” En effet. A la même époque, le philosophe juif allemand Theodor Adorno a eu une parole similaire : “ Auschwitz commence dès que
l'on regarde un abattoir et que l'on se dit : ce ne sont que des animaux. ” En effet.
Traduit de l'américain par Anne Renon"
Accessoirement quand on découvre l'antisémitisme d'Henry Ford et le rôle qu'il a joué dans la "vocation" et la propagande des chefs Nazis, plus si on lit ceci:
http://en.wikipedia.org/wiki/Compulsory_sterilization
il y a des choses d'actualités qu'on comprend mieux.....
remarquez , si on fait la liste des Etats où s'est répandu l'eugénisme et ses pratiques de stérilisation forcée, (dans l'ordre chonologique: 1°
USA, 2° Suisse, 3° Danemark et Suède puis Allemagne) on constate que ce sont tous des pays marqués par le protestantisme puritain (et un tantinet névrotique!). Il y a longtemps qu'il était
remarquable que la "politically correctness" était la forme moderne et athée du puritanisme calviniste. Mais le totalitarisme de la vie quotidienne (comme celui imposé par les calvinistes
écossais des premiers temps) et les tendances fascisantes des USA, et l'eugénisme dans divers pays pourrait bien en être du aussi.
NOUVEAU:
Au fait connaissez-vous le film qui fait fureur actuellement "We Feed the World"?
Description d'une des premières séquences:
Tout commence dans des poulaillers géants, contenant jusqu’à 70 000 individus. Là, dans ces hangars sordides, poules et coqs se reproduisent. Les oeufs
pondus sont placés dans des incubateurs. Puis dans de grandes caisses. Les poussins y éclosent, comprimés les uns contre les autres. Ensuite, comme n’importe quels objets dans une usine à la
chaîne, ils suivent, sur des tapis roulants qui vont à toute vitesse, un parcours automatisé, durant lequel ils se font bringuebaler dans tous les sens. Ils atterrissent dans d’impressionnants
hangars, où ils vont être gavés. A peine le temps de grandir qu’ils sont transportés à l’abattoir. Sans avoir jamais vu la lumière du jour. Sans avoir jamais gambadé en pleine nature. Sans avoir
jamais “vécu”. Passons sur l’abattage lui-même, nouveau parcours à la chaîne sur tapis roulant, avec électrocution via passage de la tête dans un bassin liquide, et décapitation, jusqu’à
l’arrivée finale du cadavre sous cellophane. Prêt à déguster. Ces images soulèvent le cœur et donneront, à n’en pas douter, quelques scrupules aux futurs consommateurs que nous sommes, lorsque
nous nous retrouverons face à face avec un poulet sous cellophane au supermarché.