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donner et recevoir

 

"Mon père tenait  à me faire savoir que nous n'étions nullement des parasites .... Il avait autant qu'il se peut ce trait petit-bourgeois qu'est la passion de "ne rien devoir à personne". Je ne compte pas les occasions où il m'a pris à témoin que, si on lui avait fait quelque bien, lui-même, de son côté, n'avait pas été en reste. .... J'étais froissé par cette comptabilité, dont je soupçonnais qu'elle ne reflétait pas un véritable esprit de charité. Moi, quand on me faisait des présents ou qu'on m'offrait une partie d'amusement, j'acceptais tout de bonne grâce, je remerciais avec effusion, sans me torturer la cervelle en cherchant la façon dont je pourrais, comme il disait, "réciproquer"; je sentais vaguement, dans ces circonstances, que c'était moi qui étais dans le vrai, et non lui. Encore une de ces supériorités de l'enfance sur l'âge d'homme: un sens intime nous dit que donner et recevoir sont, au fond, une même chose, et que c'est cela, précisèment, qui fait que le monde n'est pas tout à fait antipathique."



                                                                                                    (Jean Dutour in "Jeannot, mémoires d'un Enfant")


Gilbert Ganne, au détour de son livre de fin 1967: "Contre les valeurs bourgeoises", outre qu'il nous rapelle le monde libre SOCIABLE et HUMAIN que constituaient alors les trains, devenus aujourd'hui un tel enfer deshumanisé, glacé et méprisant ses clients, est là-dessus du même avis :

« Lorsque j’étais adolescent il y avait trois classes dans les chemins de fer. Les secondes étaient, par excellence, le domaine des bourgeois moyens ; on les reconnaissait facilement à leur mine constipée. Dans ces compartiments aux places louées, il régnait une atmosphère compassée et parfaitement ennuyeuse, bien différente de celle des troisièmes  où la conversation s’engageait aussitôt entre compagnons de voyage. Cela débutait par des sourires adressés aux enfants, par des réflexions sur le temps ou la longueur du trajet. A midi on déballait joyeusement les provisions et, si quelqu’un se trouvait démuni, jamais l’on n’entamait le repas sans lui offrir quelque chose. Si bien que je négligeais toujours les vivres dont ma mère voulait me charger, persuadé que j’étais que de trouver ce qu’il me faudrait dans le train. Ce n’était point de ma part réflexe de malin, mais soucis de simplification ; j’avais déjà compris que les questions pratiques, pour lesquelles j’ai peu de goût, se résolvent d’elles-mêmes, par le plaisir que prennent les autres à les résoudre ; (c’est bien passé maintenant ! ) Cette façon de partager, mon acceptation sans arrière-pensée, et d’autant plus franche que souvent les produits offerts venaient directement de la ferme ou avaient été amoureusement mijotés, les compliments que j’en faisais rendaient les vis-à-vis très heureux et contribuaient à faire régner, durant tout le parcours, un climat d’harmonie fraternelle.

Il est possible qu’aujourd’hui cette simplicité aie disparue en même temps que les troisièmes. Toujours par soucis de simplification je vais maintenant au wagon-restaurant où les gens se regardent mastiquer sans s’adresser la parole. Engager la conversation, à plus forte raison offrir un verre, vous ferait passer pour un malotru. »

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Y
Voilà qui vous rend Dutour sympathique.Le don, de par sa définition même n'attend rien en retour.  Je vois au moins que le père de Dutour faisait de l'espéranto sans le savoir en réciproquant..  ça va le sauver un peu !Yves
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R
Oui l'ensemble du livre de ses mémoires d'enfant  le rend sympathique (quels qu'aient pu être plus tard ses propos sur Le Figaro, je crois, je crois , par oui-dire, je n'ai jamais lu, qu'il étati assez réac', c'est quand même celui qui a écrit comme roman "Au bon beurre" qui est fort juste et pas piqué des vers, j'ai vu le feuilleton télévisé qu'on en a fait). J'ai fit un billet de mon blog sur ce livre très vivant et émouvant et semé de très importantes réflexions: http://miiraslimake.over-blog.com/article-3980828.html