* La Foire des Ténèbres de Ray Bradbury (extrait de
"livres recommandés" )
Vous connaissez Ray Bradbury, l'auteur des "Chroniques Martiennes" ? En fait ce n'est
pas un auteur de science-fiction, c'est un
poète et un
philosophe. Dans les Chroniques le thème de science fiction ne sert que de cadre à développer ses réflexions , y placer ses rejets, leçons, souvenirs sensuels de la vie quotidienne des
gens dans les petites villes du
Middle West, de parler de la mort, de la solitude, du colonialisme, etc.
Donc.
Il y a de lui un livre qui est contrairement au précédent peu connu, et pourtant je le mettrais facilement parmi les oeuvres "fondamentales", "incontournables", qu'on n'oublie plus jamais de sa vie une fois qu'on les a lu, et dont on peut tirer une foultitude de citations. (Son titre original anglais est lui-même une citation, de Shakespeare, je vous le donne pour ceux qui veulent l'acheter et le lire en anglais:
"Something wicked this way comes"),
c'est "Le Carnaval des ténèbres" (titre de l'édition française, donc). C'est un livre inclassable, sensuel (la sensualité de la nuit et de la vie quotidienne, qu'on a perdu dans la France actuelle, et sans doute aux USA actuels aussi) et profond, et beau à en pleurer.
C'est une histoire à la fois fantastique, et familière d'une petite ville du Middle West, et poétique, et métaphysique, et tragique, et esprit d'enfance, et , et...L'action se déroule la veille de la Toussaint une citation: « Le père et le fils, d’un dernier effort se retrouvèrent sur le rebord de la fenêtre ; ils avaient la même taille, pesaient le même poids, avaient le visage éclairé par les mêmes étoiles, et restaient l’un contre l’autre, savourant une merveilleuse fatigue, réprimant des rires fous qui leur secouaient les os sur le même rythme, et par crainte de réveiller Dieu, le pays entier, l’épouse, maman, chacun mit une main sur la bouche de l’autre, senti la chaude hilarité jaillissante et ils prolongèrent cet instant, les yeux brillants d’une joie commune, et humides de véritable amour. »
et plus loin:
"Il comprenait à merveille ce que leur apportait le vent, où ils les enmenait, vers quels endroits secret qui ne retrouveraient jamais ce charme de mystère dans la suite de l'existence. Au fond de lui, une ombre se retourne tristement comme en une tombe. Par une nuit pareille, il fallait courir, pour échapper à la tristesse."
C'est dans ce livre qu'on trouve pour la première foi la fameuse citation, qui est aussi dans Beckett: et qui résume la vie et le monde: "Elle accouchent à cheval sur une tombe ouverte"
C'est aussi là aussi qu'on lit ces mots qui m'émeuvent tant: « Les autres soirs où il errait merveilleusement seul, proposant voluptueusement ses idées aux murs qui les renvoyaient une fois en écho, puis les faisaient disparaître à jamais. Toute sa vie, il avait écrit des livres sur l’air des vastes bâtiments et il avait tout laissé s’envoler. »
C'est de ce livre aussi que j'ai tiré aussi la citation que j'ai mise dans ma présentation de l'Espéranto: "Vraiment c'est connaître qui est le bien, ne pas connaître ou refuser de connaître qui est le mal ou la source du mal."