On oublie vite, ou on se sait pas, l'histoire. Vous souvenez-vous des années 20? Voulez-vous en lisant un roman découvrir les luttes politiques des années 20, les "rouges" allemand (qui on l'oublie
trop vite, vu qu'il y a eu Hitler ensuite, étaient les plus actifs d'Europe Occidentale).
Un excellent roman a été écrit là-dessus (et sur la vie en Union Soviétique dan les même années avant Staline) c'est "Le Métropolitain" par un espérantiste soviétique, Varankin.
Ce roman, écrit en
Espéranto, est maintenant disponible en français.
c'est ici:
http://esperantablogo.over-blog.com/45-categorie-775846.html
En voici un extrait:
Le 2 mai et la nuit du 3 mai (1929), on se bat encore et les ouvriers construisent de nouvelles barricades pour remplacer les anciennes perdues. Neŭkeln est la fortification assiégée. Des milliers de
policiers armés selon la dernière mode de la science militaire avec des fusils et des grenades lancent l'offensive contre la ville travailleuse. Dans l'air les avions bourdonnent et des
projecteurs éblouissants illuminent les rues qui se défendent. Les autos cuirassées menaçantes montrent les fusils automatiques et une pluie de plomb se déverse sur les quartiers rebelles.
Erich était devenu un spécialiste en barricades. Otto – en toits et mansardes. Avec l'agilité d'un chat, il danse sur les corniches et les plaque métalliques glissantes entre les cheminées
et les chiens assis. Tenant à peine d'une main les pierres apparentes et les chenaux, de l'autre, il descend dans le puits de la rue.
Mais à partir du troisième matin, les ouvriers ne tirent plus. La bataille est un échec. L'ennemi est plus fort. Perdant son épouse et ses camarades de vue, courant d'un toit à l'autre, Otto, en
jurant jette son revolver dans une cheminée. On devait se sauver …
En bas, déjà le vie reprend. Le trafic normal renaît. Les barricades se démantèlent et les rues redeviennent propres. Les magasins recommencent leur commerce. Oncle Peter, en grommelant, répare
sa camionnette de livraison dans la cour. Mais qu'arrive-t-il dans la métropole européenne civilisée ? La police se transformant en bête sauvage capture tous les passants suspectés, commence à
tirer sur les fenêtres et les balcons au hasard, tue des gens innocents. Dans les commissariats, on met les blessés les uns sur les autres, on les bat à mort à coup de crosse et de bâton. Le
sang, la saleté, la sueur et l'odeur putride …
Là en dessous, un camion fait du bruit et les policiers crient quelque menace en agitant les mains. D'un balcon, deux femmes regardent et sourient. Pan, pan ! Et les femmes ne sont plus de ce
monde …Un garnement court à travers la rue. Pourquoi, l'idiot, court-il ? On ne doit pas courir ! … Ca y est ! Il ne courra plus jamais ! Sans un cri, sans un soupir, il s'écroule sur le
trottoir. Dans la maison voisine, les vitres volent en éclats. Deux gardes tirent un pauvre homme à travers la porte d'entrée. Deux petites filles sortant en courant sur le trottoir, crient et
sanglotent.
- Papa, papa ! …
La mère les retient sur le perron avec terreur, ayant laissé son époux aux policiers. Tout de suite une volée de coups commence. Oh , qu'il serait opportun alors de tuer cet officier, assis sur
une marche et aspirant la fumée d'un cigare ! …
Le pauvre homme semble déjà avoir perdu connaissance. Son visage couvert de sang montre un morceau de chair. Un des policiers pousse la pointe de sa botte dans l'œil dégoulinant et dit quelque
chose à l'officier avec un rire cruel. L'officier fait un signe de tête vers la porte. Après quelques minutes, le policier traîne hors de la maison, l'épouse du malheureux, en larmes et les
cheveux en bataille avec un seau d'eau à la main.
- Verse ! – dit l'officier en ricanant.
Les yeux fous fixés sur l'époux sans vie, la femme, de ses mains tremblantes, commence à verser l'eau sur le visage déchiré et le torse.
- Verse mieux ! – crie l'officier cruellement et s'étant levé rapidement, tapote la femme sous le coude.
Prise de panique, elle fait tomber le seau lourd sur la tête de son époux. Sursautant, celui-ci fait entendre un gémissement bougeant les bras convulsivement. Alors, l'officier lui donne des
coups de pieds sur le côté droit.
- Hooo ! - crie la femme comme une bête et elle tombe sur le trottoir.
Un coup de sifflet et à l'angle de la rue apparaissent cinq hommes. C'est le reste du groupe qui s'est battu sur la barricade. Berta aussi est là. Erich laisse ses camarades et s'approche vite de
l'officier. Dans une minute d'étonnant silence, quand les policiers prennent la poignée de leur révolver, la voix claire d'Erich s'élève.
- Monsieur Hoetzke ! A quelle sorte d'horreur, on assiste dans cette guerre ! Devant vous, c'est un homme désarmé ! Laissez le ! Il a deux enfants !
Hoetzke regarde par en dessous d'abord Erich, puis ses camarades debout à quelques pas. Quelques uns des passants curieux s'arrêtent de l'autre côté de la rue. Un des policiers leur court après
et agite la main.
- Circulez ! Circulez !
- Je vous connais – dit lentement Hoetzke, ne quittant pas Erich des yeux.
– Nous avons fait connaissance chez mademoiselle Alice Berg.
- Tout juste, monsieur l'officier ! Mais maintenant, ce n'est pas le moment pour la conversation ! Cet homme meurt. Laissez nous le !
- Est-ce que vous l'ordonnez ? – sourit avec sarcasme l'officier.
- Nous l'exigeons ! – répond obstinément Erich. – Vous devez avoir de la compassion !
- Compassion ? … Hum ! Qu'est-ce que la compassion ?
Otto regarde en bas avec une attention aiguë. Berta est la plus loin et sa main prend quelque choses dans sa poche. Elle est encore armée. Otto soupire de soulagement.
- Permettez- moi de vous proposer …- le lieutenant baisse la main dans sa poche (pas celle du revolver mais sa poche), - un cigare !
- Monsieur l'officier ! Erich n'a pas le temps de finir. Une balle traverse son front. Et au même moment, l'officier tombe à terre. Oubliant le danger, Otto se glisse de derrière la cheminée et
crie à pleine voix en dessous.
- Bravo Alice, vous l'avez eu !