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Sans grèves pas de démocratie

"Le timing de Sarkozy-Fillon : contrat unique de travail et laminage du droit de grève", par Vincent Présumey.

L'article  http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=5144

Extrait de cet article long mais très intéressant:

"(...)Quand Sarkozy proteste contre "la grève obligatoire imposée par une minorité", il peut au nom de la "démocratie" dénoncer comme illégitimes la presque totalité des grèves. Il est en effet rarissime qu’une grève soit souhaitée par une large majorité à la suite d’un débat serein et dépassionné pesant le pour et le contre, que ce soit à l’échelle d’une entreprise, d’une branche ... ou d’un pays. Pour une raison bien simple : le mode de production capitaliste consiste dans la vente obligatoire de sa force de travail pour pouvoir vivre, et non garantie, imposée à une majorité par la minorité qui détient les moyens de production. Cela à l’échelle de la société. Le corollaire à l’échelle de l’entreprise en est obligatoirement le despotisme, ouvert et avoué ou "participatif", que le patron soit un type sympa ou une peau de vache. L’inégalité entre employeur et employé est d’ailleurs inscrite dans la notion même de contrat de travail et constitue le fondement du droit social, censé la corriger (sans y arriver, évidemment, ce qui n’en diminue en rien la nécessité tant que le salariat n’est pas aboli ! ).

La grève a toujours été un acte construit par l’initiative de minorités déterminées ou organisées, qui ont su cristalliser le désir de la majorité qui, autrement, demeurait refoulé et réprimé. L’acte véritablement démocratique, c’est la grève. Le droit de grève n’aurait jamais été conquis sans des initiatives "anti-démocratiques", des mises devant le fait accompli (les portes sont fermées, il y a un piquet ...), des actes de violence sans lesquels aucune légalisation ne serait jamais intervenue. La grève est illégale par essence. La grève n’est pas simplement l’acte par lequel on refuse de travailler à un moment donné. Elle modifie les rapports existants et créé un climat dans lequel les travailleurs discutent, s’ouvrent les uns aux autres de nouveaux horizons, se découvrent et découvrent leur force. Les assemblées générales, organisme vivant groupant le collectif de travail devenu collectif de grève, sont le lieu par excellence de ce travail collectif de soi sur soi. La grève par son existence même, et par ce qu’elle permet -piquets, assemblées, discussions, organisations, comités élus, unité syndicale, coordination des délégués ...- pose des questions qui vont au delà de ses motifs limités : elle met en cause, par cela même qu’elle l’interrompt fut-ce si peu, le principe de l’exploitation et l’ordre politique qui le soutient.

La question n’est ni strictement économique, ni celle de la "gène" des usagers.

D’un point de vue strictement économique, les grèves dans les entreprises sont en forte diminution. Ce phénomène est lié, depuis les années 1980, au recul syndical et au redéploiement de la production que la politique de la gauche au pouvoir et des directions syndicales ont permis (qu’il suffise de rappeler qu’aucun appel véritable à la grève interprofessionnelle dans les entreprises n’a été lancé par les confédérations en France depuis 1977, date qui précède la précarisation massive du travail et la formation du chômage massif). Mais il est également lié à l’évolution même du capitalisme : une grève dans une "PME" isolée est trés difficile -bien qu’il s’en produise, parfois de manière brève et explosive sur un mot de trop- car toutes sont sous-traitantes des mêmes groupes et en concurrence les unes avec les autres, ce qui fait que la grève n’est réellement envisageable, sur des revendications importantes, qu’à l’échelle d’une branche, d’un site, ou des deux. Mais la réalité de la grève dans les entreprises, en termes de journées de travail "perdues" pour les patrons, est actuellement faible.

Quand aux grèves dans les transports en commun si souvent invoquées, les statistiques de la SNCF rapportent en fait seulement, en tout et pour tout, 3% des retards et trains manqués à des grèves. Chiffre infime en comparaison du batage qui est fait. La réalité pure et simple est que moins il y aura de grève, plus il y aura de retards dans les trains et dans le RER, car le démantellement du service progressera plus vite.
(regardez à quel point le service postal est devenu infiniment plus lent - et moins fiable - qu'il y a un demi-siècle!! alors que les gens écrivent moins pourtant)

Ce n’est donc pas pour la "gène" ni pour le "manque à gagner" des malheureux employeurs que le gouvernement veut sévir contre le droit de grève.

C’est parce qu’il a conscience du danger de regroupement des travailleurs et qu’il veut y couper court. Si les cheminots sont visés c’est à cause de la grève de 1995, dans laquelle ils avaient reçu le soutien de la masse des travailleurs "qui ne pouvaient pas aller travailler". Si les enseignants sont visés c’est à cause de 2003, où leur grève généralisée avait failli défaire le gouvernement Raffarin. Si les étudiants et les lycéens sont visés c’est à cause de 2006 et de leur victoire sur le CPE. Les objectifs "sociaux" du gouvernement sont entièrement politiques.

Le vote à bulletin secret sous contrôle d’huissier vise à refaire de chaque gréviste un travailleur individuel ayant vendu individuellement sa force de travail, à le dessaisir de sa grève et à en casser la dynamique, pour finalement rendre toute grève impossible, remplacer les piquets de grèves par des cordons de policiers ou de nervis patronaux. Cela ne fera que les rendre illégales, mais le rapport de force si ces mesures entraient dans la vie serait durablement détérioré pour les travailleurs, comme cela s’est passé dans la Grande-Bretagne de Md. Thatcher. Il est d’ailleurs évident que le discours sur le "vote à scrutin secret au bout d’une semaine" ne peut être qu’un début, car il est souvent plus facile d’interdire une grève que de la briser une fois qu’elle est lancée. En Grande-Bretagne le vote secret est un préalable à toute grève, sa valeur ne dure que pour 4 semaines, les grèves interprofessionnelles et de solidarité sont interdites, la justice peut être saisie par l’employeur et si elle estime que les motifs n’étaient pas bons les "responsables" peuvent être légalement licenciés. Voila le régime dictatorial auquel aboutit leur "démocratie". Rien d’autre que le travail ou le chômage obligatoires imposés par la minorité capitaliste. Voila le régime que les travailleurs britanniques tôt ou tard devront détruire par des grèves illégales massives.  (...)"

Et il est assez plaisant de voir des institutions parmis les moins démocratiques qui soient, dont le fonctionnement et le principe même n'a rien de démocratique, à savoir les entreprises capitalistes, exiger des brevet de démocratie aux initiatives de leur employés ! 

Est-ce qu'on vote pour déterminer quel salaire on va recevoir !  ou pour déterminer la gestion de l'entreprise ?
Pas vraiment!

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