"Le portrait sur l'affiche(d'une exposition à Paris en 1991)s'est d'abord intitulé "Le fou asassin", puis "Le fou kleptomane". On le classe maintenant sous le titre "Monomane du vol" (1820 environ) plus personne ne connaît le véritable nom de l'homme qu'on y voit peint . . . . . .
Il était(...) interné à l'asile de la salpétrière, dans le centre
de Paris. Géricault a fait, là-bas, dix portraits de personnes déclarées démentes (...) Cinq de ces toiles ont été conservées. Ce portrait auquel je ne cesse de penser a été découvert, 40 ans après
la mort du peintre dans un grenier en Allemagne. Peu après il a été offert au Louvre, qui l'a refusé.
Cette peinture appartient à un moment extraordinaire dans l'histoire de la représentation et de la conscience humaine.
Avant Géricault, aucun étranger n'aurait osé regarder avec autant d'attention et de pitié le visage
d'un aliéné mental. "La pleinitude de l'amour du prochain c'est savoir que le malheureux existe , non pas comme un exemplaire dans la catégorie sociale étiquetée "malheureux", mais en tant qu'homme, exactement semblable à nous, qui a été un jour frappé d'une marque inimitable par le malheur. Pour cela il est
suffisant, mais indispensable, de savoir poser sur lui un certain regard.
Comme chez antigone, la lucide compassion de ce portrait cohabite avec sa propre impuissance. Et ces deux sentiments loin d'être en contradition, se renforcent mutuellement d'une façon que les
victimes savent reconnaître, mais que seul le coeur peut comprendre. S'oublier soi-même, ne serait-ce qu'un instant, afin de s'identifier à un étranger et le reconnaître pleinement revient à défier
la nécessité. Et de ce défi, aussi petit et discret soit-il (même s'il ne mesure que 60 centimètres sur 50, il se libère une puisance qu'aucune échelle d'ordre naturel n'est capable de mesurer. Ce
défi n'est pas un moyen et il ne connaît pas de fin."
ce texte sublime, écrit comme une simple chronique d'actualité par un journaliste du Monde
Diplomatiqueen décembre 1991, est et restera comme unemejloŝtono, une réflexion "incontournable" et éternelle, digne de traverser les siècles, unfundamentode la morale individuelle, une pépite cachée et rougoyante de lumière.