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Par R. Platteau
"Dans la revue Panoramique, consacrée au lynchage médiatique, Jean-Paul Gabilliet analyse ce que fut le maccarthysme :
« L’anticommunisme fonctionna rapidement comme la religion civile de l’Amérique, renforcée par les tensions internationales et la pression psychologique collective instaurée par
la peur de l’arme nucléaire. C’est pourquoi les persécutions de la chasse aux sorcières ne déclenchèrent jamais aucune protestation publique de grande ampleur … »
Á la tête de la croisade anti-communiste, le sénateur MC CARTHY déclencha une chasse aux sorcières qui fit des milliers de victimes. L’historienne Ellen SCHREKER étudia la mécanique inquisitoriale des commissions d’enquêtes parlementaires qui eurent un rôle important. Elle mit en évidence « … la « procédure en eux temps » qui permettait à la collectivité d’exclure des boucs émissaires tout en diluant la responsabilité des uns et des autres, à l’image de l’inquisition qui brûlait les « sorcières » pour la plus grande gloire de l’Église. Au cours de la première étape, la phase d’ »identification », étaient mises ne lumière les activités « subversives » passées et présentes des témoins ; la fiabilité des enquêtes réalisées à cette occasion était très variable, car elles reposaient souvent, sous le sceau prestigieux, du FBI et d’autres agences fédérales ou celui, bien moins prestigieux d’enquêteurs privés ou de « moins professionnels » (d’anciens communistes qui monnayaient ainsi leur repentir, voire étaient payés pour donner des noms qui leur avaient été communiqués par le FBI), sur des ramassis de rumeurs, de vieilles coupures de presse ou d’annonces de meeting. C’est dans la deuxième étape, la phase de « sanction », que le pouvoir dévastateur des médias s’exerçait sur les suspects. »
Le maccarthysme légitima le critère de « culpabilité par association » pour accuser tous ceux qui étaient liés à un groupe
considéré comme subversif. C’est ainsi que furent progressivement dénoncés comme hérétiques tous les réformistes, progressistes et mêmes militants anti-fascistes ; Des listes noires
empêchaient certains artistes de Hollywood de travailler et des consultants privés tenaient à jour la liste de ceux qui étaient de « vrais américains » comme on parlait des « vrais
français » dans la campagne antisémite vingt ans plus tôt sous Vichy. Maccarthistes et antisémites utilisent les mêmes méthodes pour discréditer leurs adversaires : liste noirs,
délation, campagnes de presse sordides, dénonciations, culpabilité par association, témoins professionnels, exclusion de l’administration … L’histoire est vraiment un éternel
recommencement : ceux qui sont bien informés sur la chasse aux « sectes » y retrouveront toutes les recettes mises en œuvre par les inquisiteurs modernes, commission parlementaire
comprise … Devant la similarité des méthodes entre antisémitisme, maccarthysme et anti-sectarisme, certains soupçonnent les animateurs de la campagne anti-secte de s’être largement inspirés de
leur modèle américain.
« MC CARTHY éleva la nuisance au rang de grand art parce qu’il maîtrisait naturellement l’arsenal rhétorique des démagogues. Mais il savait surtout détourner à son profit les mécanismes
de la presse. » Sa qualité de sénateur lui permettait effectivement de faire passer pour des faits n’importe quels rumeurs, préjugé ou opinion.
« d’où un flot de déclarations abracadabrantes que les journalistes reproduisaient en première page par attrait mécanique du sensationnel et parce qu’à leur avis, toute déclaration
d’un sénateur méritait d’être rapportée, quel qu’en fût le contenu … Ainsi se propageait le venin d’une désinformation destinée à saper la légitimité de du gouvernement
démocrate. »
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