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Par R. Platteau
à la mémoire d’une amie que j’ai connue depuis l’age de 13 ans.

C’était un jour de bonheur dans un café à Saint-Brieuc ? Guingamp ? je ne sais plus, en 1986.
Maintenant elle est là-dessous :
dans le cimetière de Plusquellec.
et comme je l'ai déjà dit et redit et reredit : encore une coïncidence de plus je viens ce soir tout juste de découvrir que le fameux site de la "Vallée aux Saints" avec ses 1000 statues prévues de saints bretons et qui a plein de sites et de photos sur internet est à Carnoët le village juste à côté de Plusquellec (sa ferme était à Kerorgant en Plusquellec)
Elle s’appelait Marie-josé, née je crois en 1948 ou 49 le 31 mars si je ne me trompe pas (signe du bélier). Elle vivait avec sa mère divorcée et sa tante dans une petite ferme des Côtes-du-Nord. Elle a fait ses études par correspondance, et a fini par décrocher une licence. Elle a alors essayé d’être enseignante dans l’enseignement privé. Puis pour une cause inconnue, mais je crois que depuis son enfance fragile et traumatisée elle a sans doute été « brisée » par une relation qui a mal tournée avec un prétendant au mariage par annonce et sa famille. Bref après elle a fini par se retrouver sans emploi en invalidité, seule avec sa vieille mère et ses innombrables chats (le seul réconfort de son cœur assoiffé d’amour) dans une maison qu’elles avaient acheté à T. , l’ancien presbytère, l’église et son cimetière était derrière le mur du merveilleux jardin plein de pommiers, de rosée le matin, et des montbrétias tout le long de l’allée d’entrée (d’où son nom « Les Montbrétias »). Elle a suivi les "traitements" de psychanalystes, qui ne savaient que lui triturer l’âme, elle en revenait à chaque fois plus démolie qu’en y allant, et jamais ça ne l’a sorti de son état ! …. Et à part ça un autre truc typique de notre époque : on l’a bourré de psychotropes. Dont elle ne pouvait plus se passer, mais malgré lesquels elle n’en avait pas moins des cauchemars chaque nuit. Et surtout elle a passé sa vie avec des velléités de suicide (d’ailleurs je ne sais toujours pas de quoi elle est morte, peut-être a-t-elle finit par vraiment se suicider)
Comme disait Catherine Baker « La plupart des gens qu’on soigne à coup de psycho-machin-chose ou de médicaments, ce qui leur ferait bien plus de bien ce serait simplement un vrai ami(e) et de la (vraie) chaleur humaine. »
Malheureusement elle ne m’a jamais dit la cause de ses troubles (même à son psy il paraît qu’il y a des choses qu’elle ne lui a jamais dites) et à part les lettre et coups de fils je ne me sentais pas la force de lier ma vie avec une personne aussi délabrée.
Une fois je lui ai envoyé une carte avec le texte (anglais) du Cardinal Beran sur l’amitié, et ça l’avait beaucoup frappé et plusieurs fois elle m’en a reparlé.
« Qu’est-ce qu’un ami ? Je vais vous le dire. C’est quelqu’un avec qui vous osez être vous-même. Votre âme peut être à nu avec lui. Il semble qu’il ne vous demande de rien mettre, sinon simplement d’être ce que vous êtes. Il ne veut absolument pas que vous soyez meilleur ou pire. Quand vous êtes avec lui, vous vous sentez comme se sent un prisonnier qui a été déclaré innocent. Vous n’avez pas à être sur vos gardes. Vous pouvez dire ce que vous pensez, du moment que c’est vraiment vous. Il comprend les contradictions dans votre nature qui conduisent les autres à mal juger de vous. Avec lui vous respirez librement. Vous pouvez avouer vos petites vanités, vos envies, vos haines et vos éclairs vicieux, vos petitesses et vos absurdités et, à mesure que vous les révélez à lui, ils disparaissent, dissous dans l’océan limpide de sa loyauté. Il comprend. Vous n’avez pas à faire attention. Vous pouvez l’injurier, le négliger, le tolérer. Et surtout vous pouvez vous taire avec lui. Cela ne fait rien. Il vous apprécie Il est comme le feu qui purifie jusqu’à l’os. Il comprend. Il comprend. Vous pouvez pleurer avec lui, pêcher avec lui, rire avec lui, prier avec lui. A travers tout cela – et sous cela – il vous voit, vous connaît, et vous aime. Vos amis ? Qu’est-ce qu’un ami ? Simplement quelqu’un, je le répète avec lequel vous osez être vous-même. »
un moment de bonheur à Perros-Guirec : http://www.ipernity.com/doc/r.platteau/5674144
Par la suite elle répondait de moins en moins, et quand je me suis rappelé à son bon souvenir en octobre 2001, me rendant compte que j’avais laissé passer sa fête, le 15 août (Ste Marie), ma lettre m’est revenue « Décédée », je me suis dit « sa mère a du mourir et elle s’est suicidée pour de bon » En fait elle était morte au printemps 2001, et sa mère seulement après, en 2003.
Depuis, j’ai revu la belle maison de Tréverec. Sinistre ! ça fait froid dans le dos… rachetée par des bourgeois modernes, elle a été toute refaite, les montbrétias sont arrachés et la grille est fermée.
« Mon pauvre Roland ! » aimait-elle à dire, mais ça voulait dire : « pauvre de moi ! » ; la pauvre Marie-José, ayez une pensée pour elle, priez pour elle si vous êtes croyant.
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